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Pour citer cet article :
WU I.-L., L ’expansion austronésienne au Néolithique : des îles de l’Asie du Sud-est vers le Pacifique, Cultures, Economies, Sociétés et Environnement du début de la Préhistoire au Moyen-Age : travaux en cours, Actes de la 4° table ronde des jeunes chercheurs en archéologie de la MMSH, Aix-en-Provence, 15 mai 2009, C. Defrasne et T. Lachenal (dir.), http://trjca.mmsh.univ-aix.fr/wu.htm

 

 

 

L’expansion austronésienne au Néolithique :
Des îles de l’Asie du Sud-est vers le Pacifique

I-Lin WU*

* Etudiante en Master 2, Laboratoire méditerranéen de Préhistoire (Europe, Afrique)

Mots-clés : Austronésien, Diffusion, Néolithique, Taiwan, Asie du Sud-est,  Mélanésie.

 

Introduction

La question de l’origine du peuplement austronésien du Pacifique méridional est devenue un sujet essentiel dans la sphère des archéologues internationaux depuis 50 ans. De nombreuses recherches ont en effet été entreprises sur la plupart des îles pacifiques, mais ces travaux se sont focalisés davantage sur l’Ensemble Culturel Lapita, qui a caractérisé l’arrivée des premiers hommes dans cette partie de l’Océanie Lointaine (Fig. 1). Ce n’est que récemment que les études sur l’expansion austronésienne néolithique, jusque là dominée par la recherche dans les îles du Pacifique, se sont développées (Spriggs 2007, p. 104). Cependant pour montrer une image suffisamment complète sur l’origine des Austronésiens, il faut prendre en compte les données archéologiques issues de l’Asie du Sud-est insulaire. Les données sur cette région sont plutôt anciennes, mais on a retrouvé des artefacts typologiquement assez similaires, et cela nous suggèrent un lien possible entre les îles du Pacifique et la zone insulaire du Sud-est asiatique.

Figure 1 : Carte de la région de Wallacea (O’Connell et Allen 2004, p. 836).

 

Concernant les hypothèses sur l’origine du peuplement austronésien, plusieurs propositions ont été énoncées. La voie de diffusion en direction du Sud, de la Chine vers Taiwan jusqu’aux Philippines et en Océanie proche, est connue grâce à Bellwood (1997) et Blust (1984). Cet hypothèse interdisciplinaire, qui associe l'archéologie, la linguistique, et l'ethnobotanique, a donné lieu à une reconstitution de la diffusion géographique de la langue austronésienne et des techniques agricoles. Les auteurs proposent que les habitants du littoral de la Chine du Sud, cultivant le millet et le riz, ont commencé à descendre sur le détroit pour s’installer à Taiwan aux environ de 3 000 ans av. J.-C. À peu près 2 000 ans av. J.-C., ces langues et ces techniques se diffusent vers les Philippines et les îles de l’Indonésie. Une autre vague de migration conduit les peuples venus des rivages de Nouvelle-Guinée jusqu’aux îles du Pacifique. Toutefois ces hypothèses présentent encore quelques contradictions qui méritent notre attention.

Dans ce contexte chrono-culturel, la position de Taiwan se révèle d’une importance majeure. Située au nord de l’Asie du Sud-est insulaire, Taiwan possède des vestiges néolithiques datés d’environ 4 000 ans av. J.-C., antérieurs aux vestiges des sites philippins. Ces dernières années dans le site Nan-Kang-Li, qui se trouve au sud-ouest de Taiwan, des archéologues ont effectué des fouilles en extension pendant 9 ans. La stratigraphie fournit de nombreux exemples d’occupations pouvant contribuer à expliquer l’évolution de sociétés néolithiques. Nous allons utiliser ces nouveaux résultats pour effectuer des comparaisons entre les trois régions concernées dans ce chenal maritime.
La problématique de cette étude consiste à reconnaître les influences culturelles mutuelles entre le Sud de la Chine, Taiwan et l’Océanie dans ce contexte de diffusion de la culture austronésienne, afin de mieux comprendre le rôle de chacune de ces régions dans l’évolution culturelle. En effet, Taiwan occupe une situation géographique charnière, entre le continent asiatique et l’Océan pacifique, témoignant ainsi au début de la période étudiée de traits culturels continentaux dont l’évolution sur place aboutit à la formation d’une culture locale. À partir d’une démarche descriptive et comparative, il s’agit d’apporter une réflexion sur l’origine de cet ensemble culturel, notamment sur les influences de Taiwan. Cette étude a aussi pour objectif d’observer l’évolution des artefacts en fonction de la distance par rapport à leur lieu d’origine. Dans cette perspective, nous avons choisi d’étudier deux types de bases de données : des corpus de céramiques et d’outils lithiques, tout en prêtant une attention particulière aux continuités chronologiques.

En premier lieu, nous avons souhaité dresser un panorama documentaire plus clair sur les interactions entre les trois régions, en notant à la fois les acquis et les incertitudes. Ensuite, une méthodologie d’analyse d’une série et des comparaisons inter-séries ont été mises en place. Les données ainsi accumulées, comparées aux connaissances présentes, permettront d’ouvrir plusieurs pistes de recherches.

 

Résumé du mémoire de Master 2

La diaspora austronésienne a vu le déplacement de marins hauturiers sur une période de près de 5000 ans, en contexte insulaire, de Taiwan jusqu’à l’île de Pâque. Il s’agit d’un mouvement de migration et de diffusion unique mais d’une très grande diversité culturelle sur lequel la recherche est multidisciplinaire. Celle-ci a débuté avec des linguistes puis a été développée par les archéologues. Pour la majorité d’entre eux l’origine des Austronésiens doit être localisée à Taiwan.
Dans mon Master II, je développe une nouvelle hypothèse qui propose que les premiers austronésiens sont venus de la région de Guangdong en Chine et se sont installés à Taiwan (3000B.C.-2200B.C.). Leur expansion vers le sud plus tardive, seraient liée très certainement à la culture à céramique à engobe rouge (2350-1270BC). L' étude de la diffusion du jade dans la région de Taiwan, des Philippines, du Vietnam, de la Thaïlande et jusqu’à Bornéo, met en évidence un vaste réseau de  diffusion durant la période récente du Néolithique (500BC-500AD). Ce jade néphrite viendrait exclusivement de l’est de Taiwan. Pendant la période de la culture céramique à engobe rouge, il existait déjà un système d’échange de cette matière première à l’intérieur de l’île de Taiwan. Il est vraisemblable que jade et poterie à engobe rouge sont des témoins de l'expansion des austronésiens vers le sud.
Plusieurs sites archéologiques taïwanais permettent de croiser ces deux approches. Il s’agit des sites de Hua-Gaug-Shan, Chang-Guang, Fu-Shang et Peinan, localisé dans l’est de l’île. Nous utiliserons des données archéologiques de l’est de Taiwan, notamment des cultures de ces sites pour mettre en place un modèle d’analyse de la diffusion culturelle austronésienne. Puis, nous évoquerons les relations potentielles entre l’Asie du Sud-est et le Pacifique ouest et sud-ouest, découvert par les austronésiens.