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Pour citer cet article :
PECHE-QUILICHINI K. et LACHENAL T., Premiers travaux à Cuciurpula (Sarra di Scopamena – Surbuddà ; Corse-du-Sud), Cultures, Economies, Sociétés et Environnement du début de la Préhistoire au Moyen-Age : travaux en cours, Actes de la troisième table ronde des jeunes chercheurs en archéologie de la MMSH, Aix-en-Provence, 6 juin 2008, A. Boutet, C. Defrasne, T. Lachenal (dir.),
http://www.mmsh.univ-aix.fr/ecoledoctorale/trjca/peche_lachenal.htm

 

 

 

Premiers travaux à Cuciurpula
(Sarra di Scopamena – Surbuddà ; Corse-du-Sud)

Kewin PECHE-QUILICHINI* et Thibault LACHENAL**

*Doctorant, Laboratoire méditerranéen de Préhistoire (Europe, Afrique)
**Doctorant, Centre Camille Jullian

Mots-clés : Corse, premier âge du Fer, groupe culturel de Nuciaresa, habitat, espace montagnard.

 

1. Bref état des recherches protohistoriques en Alta Rocca

Contrairement à une idée répandue depuis quelques dizaines d’années, la région historique de l’Alta Rocca n’inclut, selon les sources, que les communes d’Auddè, Sarra di Scopamena, Surbuddà et Quenza, soit la bordure méridionale du plateau de transhumance du Cuscionu, point de convergence traditionnel des bergers du sud de la Corse (1). Cette entité est donc bien différenciée du Tallanais, du Fiumicicoli, du Pianu di Livia et de l’Illarata, bien que le canton actuel de Tallano-Scopamène englobe artificiellement des régions aux passés bien différenciés. Couplée à la prospection-inventaire menée par l’un de nos collaborateurs (Dominique Martinetti), l’opération de prospection thématique réalisée en 2008 à Cuciurpula est donc la première menée en Alta Rocca stricto sensu. Néanmoins, la Protohistoire de la région ne peut être abordée sans dresser un inventaire des travaux réalisés immédiatement au sud de cet espace, sur et autour du Plateau de Livia, par Roger Grosjean et François de Lanfranchi.
C’est en 1963, après étude de photographies aériennes, que le premier décide d’entreprendre la fouille du complexe monumental du Casteddu di Cucuruzzu (Livia, Corse-du-Sud). L’étude concerne la tour sommitale et l’espace intérieur délimité par une enceinte cyclopéenne et plusieurs massifs rocheux (Grosjean 1964). L’excavation met en évidence un important centre de l’âge du Bronze et permet de documenter la problématique globale sur l’habitat fortifié de la période dans le sud de la Corse (Virili, Grosjean 1979). La révision récente du mobilier céramique, de la stratigraphie et des datations 14C montre que le site connaît plusieurs phases d’occupation depuis la fin du Néolithique jusqu’au premier âge du Fer, avec un pic au Bronze final et au début du premier âge du Fer (Pêche-Quilichini à paraître 1). La poursuite de la fouille vers l’extérieur du complexe est ensuite confiée à François de Lanfranchi. Elle permet de mettre en évidence un regroupement villageois daté de l’âge du Fer (Lanfranchi 1979a). Dans le même temps, ce chercheur découvre un grand nombre de sites fortifiés (Sadisè, Casteddu, Milaonu, etc.), de Mégalithes (Caleca) et d’abris sépulcraux (Lugo, Santa Catalina, A Faraghjina) autour de Cucuruzzu (Lanfranchi 1971, 1973, 19741976 ; Lanfranchi, Weiss 1997). Il entreprend dans le même temps la fouille de l’abri 1 de Capula (Livia, Corse-du-Sud) qui offre à l’archéologie corse une stratigraphie quasi-complète (et plusieurs datations) pour un arc chronologique étendu du Bronze ancien au Moyen Âge (Lanfranchi 1978). La publication de ces travaux comporte une annexe concernant un ramassage effectué dans une carrière après dynamitage d’un abri. La céramique publiée, très originale à l’époque, est attribuée, sans argumentation précise, à un épisode de transition entre Campaniforme et Bronze ancien et devient le marqueur principal du « groupe de Nuciaresa ». Ce faciès est également repéré un peu plus à l’Ouest, sur la butte de Cumpulaghja (Santa Lucia di Tallà, Corse-du-Sud) et la chronologie parait confirmée par la découverte de vestiges attribuables au Terrinien au contact des vaisselles de type Nuciaresa (Lanfranchi 1979b). La fouille du monument turriforme de Tusiu (Altaghjè, Corse-du-Sud), au milieu des années des années 1990, permet à F. de Lanfranchi de documenter de façon précise l’évolution chronologique de ce type de structure typique de l’âge du Bronze insulaire (Lanfranchi 1998). Aujourd’hui, le fondateur du « Musée de l’Alta Rocca » poursuit ses travaux par des opérations de prospection-inventaire et la constitution d’un répertoire des techniques. Il est notamment l’inventeur de plusieurs sites où l’on peut observer des structures du même type qu’à Cuciurpula, sur les communes de Lévie et d’Aullène.

 

2. Le site de Cuciurpula : aspects géographiques

Le lieu-dit Cuciurpula (2) désigne un sommet tabulaire dominé par trois pointements rocheux alignés du Nord au Sud et dont le plus haut (au Nord) culmine à 1164 m NGF (3). Ce point remarquable du paysage de l'Alta Rocca est une véritable vigie sur le Pianu di Livia et la vallée du Rizzanese. Le panorama s’y ouvre de l’Alcudine à la Sardaigne. Les pentes du massif de Cuciurpula sont très raides, sauf au Nord. Elles sont actuellement occupées par une importante chênaie châtaignière qui tente de se développer entre (et sur) les innombrables chaos granitiques. Plusieurs sources définissent des thalwegs qui aboutissent de façon plus ou moins directe à la vallée du Rizzanese. Malgré les pendages, l’érosion semble actuellement considérablement limitée par une protection humique. Les différentes exploitations charbonnières qui s’y développèrent jusque dans les années 1960 ont néanmoins du contribuer à des phases de mise en mouvement du sédiment, notamment dans le secteur compris entre Pianu di u Monte et Fiuringranu, où les épandages superficiels de mobilier protohistorique sont particulièrement riches et étendus.
La forme globalement tabulaire de plan ovalaire de la zone sommitale accueille plusieurs chaos granitique qui ont créé des centaines d’abris-sous-roche. Ceux-ci se répartissent également sur les pentes ouest, sud et est. Le sous-sol est ici composé d’une seule variété de leucomonzogranite à biotite de type hercynien, très homogène au point que les rares fragments de roches filoniennes ramassés sur le relief s’avèrent tous être des objets archéologiques qui ont donc pu être rapportés. Les boules granitiques ont subi une forte érosion thermique qui est à l’origine de leur éclatement. Ce phénomène créé des faces d’éclatement relativement plates qui ont été largement recherchées par les groupes locaux pour bâtir leurs structures avec un parement interne souvent parfaitement régulier. Avec l’éclatement, la taffonisation est l’autre grande forme érosive sur le secteur, au point qu’elle est peut-être à l’origine du nom du site. Marginale, l’exfoliation touche des secteurs très localisés.
Versant nord excepté, le versant méridional est le moins abrupt des quatre coteaux et sa pente moyenne est de 20/25 %, adoucie localement par des ruptures de pentes érodées et chaotiques (Fiuringranu). C’est ce versant qui accueille la plus grande partie du site protohistorique. Dans ce secteur, on dénombre au moins deux sources, toutes deux au contact direct (à moins de 20 m) de structures allongées à extrémité absidiale. L’ensemble du massif est inclus dans le bassin versant du Rizzanese.

 

3. Les vestiges archéologiques d’époque historique

Le lieu-dit Cuciurpula est connu depuis longtemps des archéologues pour les ruines médiévales qui coiffent son sommet. La découverte de vestiges protohistoriques sur les pentes méridionales ne date que de 2003 lorsque Dominique Martinetti découvrit fortuitement un grand nombre de tessons, un fragment de hache en bronze et des agencements de blocs qui allaient devenir les structures « Cuciurpula 1 » et « Cuciurpula 3 ». Après en avoir déclaré la découverte au Service Régional de l’Archéologie, il nous invita à visiter le gisement et étudier le mobilier. De cette étude découle l’intérêt pour un examen plus approfondi du site. La prospection thématique dont fait l’objet cet article a duré du 20 avril au 10 mai 2008. Elle a notamment permis de renseigner les occupations les plus récentes du secteur.

3.1. Exploitations charbonnières modernes et sub-actuelles

Près de cinquante charbonnières se distribuent sur les pentes méridionales du massif de Cuciurpula, jusqu’à peu de distance du sommet. Leur installation est récurrente sur les secteurs relativement plats et dégagés. Leur forme est toujours circulaire et leur construction obéit à un système de terrassement par construction d’un mur parementé en pierre sèche en arc de cercle. Les blocs utilisés sont de calibre petit à moyen. Vue leur stratégie d’implantation, qui est la même que celle des structures protohistoriques, on suppose qu’un grand nombre de charbonnières se superpose à des structures bien plus anciennes dont elles doivent remployer les blocs. La plupart de ces structures date de l’époque moderne (XVIIIe siècle ?).
L’enquête orale a permis de savoir qu’entre 1946 (4) et 1959 (découverte d’une monnaie de 1947), une famille d’émigrants sud-américains perpétua cette tradition en important sur place des charbonnières mobiles en acier. La maison et le four à pain sont encore visibles sur place. L’exploitation de charbon de bois devient dès lors beaucoup plus productive et n’est plus sans conséquence sur l’environnement immédiat. La présence de charbonnières a une grande influence sur le paysage et les aspects géomorphologiques. Une intense activité peut provoquer l’ouverture du milieu et la mise en mouvement des horizons superficiels, surtout en cas de pendage important.

 

3.2. Le secteur castral médiéval de Cuciurpula

3.2.1. Structures bâties (fig. 1)

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Figure 1 : Planimétrie des vestiges médiévaux.
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Connu depuis longtemps des historiens, le castrum de Cuciurpula occupe la terrasse rocheuse sommitale du massif et bénéficie ainsi du meilleur point de vue de la région, en situation de co-visibilité avec d’autres sites du même type appartenant à la seigneurie de la Rocca, comme celui de Casteddare. Trois bâtiments sont visibles. Leur destruction est presque totale.
Le bâtiment A est une citerne conservée sur quelques pans et reconnaissable grâce à la conservation de l’un des angles qui porte encore l’épaisse couche d’enduit caractéristique de ce type de structure.
Installé sur le point le plus haut de la terrasse sommitale, le bâtiment B semble constituer le soubassement d’une tour trapézoïdale (2,80 x 2,5 m). Bien que cette structure soit en mauvais état de conservation, l’analyse du bâti met en évidence un remaniement architectural qui est probablement causé par la transformation du site au XXe siècle (point d’ancrage géodésique) et caractérisé par l’emploi de petits blocs irréguliers liés à du mortier. L’élévation moyenne est comprise entre 0,20 et 0,90 m. Les deux premières assises du mur est, construction probablement primitive, sont constituées de blocs réguliers (en moyenne 0,30 x 0,20 m) de granit liés à un mortier de chaux. Ces assises reposent sur le substrat rocheux et aucune fondation n’est visible. L’état de conservation ne permet pas de documenter l’existence de fenêtres et de portes. L’épaisseur des murs est inestimable. L’espace interne devait être particulièrement réduit (2 m²) à moins de supposer l’existence d’un étage en bois. Deux points géodésiques sont implantés sur et à côté de ce monument et cotent 1164 m.
Le bâtiment C, situé en contrebas méridional de la structure B et fortement dégradé, a une forme rectangulaire amputée d’un angle. Seul un mur est conservé, sur une seule assise. Il est fait de blocs dégrossis liés au mortier et est épais de 80 cm environ. Les autres murs sont restitués d’après les traces de ciment présents sur le sol et quelques pierres issues des arases. Cette structure semble s’appuyer en plusieurs endroits sur de gros blocs issus du substrat. La technique de construction est identique à celle de la structure B : emploi de blocs irréguliers de granite, liés à un mortier de chaux. L’épaisseur des murs est d’environ 0,75 m. Les niveaux de fondation n’ont pas été repérés, cependant, il est probable que les murs reposent sur le substrat rocheux affleurant. Aucune ouverture n’a été remarquée.
Sous la fortification médiévale, vers le Nord-Est, des agencements plus grossiers signalent une occupation protohistorique de la zone sommitale.

3.2.2. Epandage(s) superficiel(s)

A proximité de ces dernières structures, il faut mentionner la découverte de deux galets au diamètre pluri-centimétrique présentant des facettes naturelles qui ont pu être utilisés dans le cadre de la mouture ou comme balles de fronde et une armature de pointe de flèche pédonculée à ailerons en rhyolite zonée (étude du mobilier lithique confiée à Frédéric Demouche, UMR 6636). Bien que l’apex soit brisé, la forme générale de cette pièce évoque clairement les typologies terriniennes (Camps 1988). Plusieurs tessons portant des traces de peignage proviennent aussi de ce secteur. Un ensemble numériquement restreint de céramiques médiévales (locales ou d’importation) a fait l’objet d’une expertise, menée par Emilie Tomas (UMR LISA), qui montre que l’occupation doit être replacée globalement sur les XIVe-XVe siècles apr. J.-C..

3.2.3. Sources écrites

Le recueil et l’étude des sources écrites ont été conjointement confiés à Emilie Tomas et Vanina Marchi (UMR LISA). La première mention écrite de Cuciurpula date de 1392 avec l’arrivée en Corse de Battista Zoagli. C’est à ce moment qu’il prit Cinarca, Pipilla, Orese, Ornano, Orbinschini, Bozio, Londa, Istria, Vistrilo, la Rocha, Areccio, Cierurpula, Salese, Baracini et enfin Geneparo (Casanova, Giacomo-Marcellesi 1998, 230 ; Ettori 1998, 51). L’autre mention du site date de 1426, lorsque le Comte Vincentello assiège le château de Cugurpula ou Cochipurla (Casanova, Giacomo-Marcellesi 1998, 282), possession de la maison de la Rocca considérée comme la forteresse de la montagne, malgré une courageuse défense d’Orlando et d’Antone. Peu après, ce fut le tour de Baricini de tomber (Ettori 1998, 70). On sait par ailleurs que le château est occupée au moins jusqu’au début du XVIe siècle, comme le montre la correspondance de Renuccio della Rocca signée à Cociorpola et datée du 14 septembre 1502 (5).

3.2.4. Chronologie

Si l’architecture de cet édifice castral est trop mal connue pour offrir des indications, le mobilier superficiel trahit une occupation datée entre le XIVe et la fin du XVe siècle. Les sources semblent confirmer cette chronologie et la précisent : le site est au moins occupé et structuré depuis le dernier quart du XIVe siècle et ce, jusqu’au premier quart du XVIe siècle (1392-1502), soit un peu plus d’un siècle.

 

4. Les vestiges archéologiques d’époque protohistorique

4.1. Organisation et morphologie des structures

Le site de Cuciurpula constitue un ensemble complexe de structures, toutes construites en pierres locales, réparties sur les pentes méridionales, à une altitude comprise entre 950 et 1080 m d’altitude sur une surface d’environ 20 hectares.

4.1.1. Les structures allongées absidiales constituées de blocs à face d’éclatement plane formant parement interne (fig. 2)

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Figure 2 : Planimétries des structures allongées absidiales. (cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Près de 22 structures de ce type ont été individualisées mais on évalue leur nombre originel à une quarantaine car beaucoup semblent avoir disparu lors de la mise en place des charbonnières. Leur forme est récurrente mais la taille des blocs utilisés est variable. La structure « Cuciurpula 3 » emploie par exemple des blocs de granit longs de près de 3 m alors que la structure « Cuciurpula 5 » n’est constituée que de blocs de 30 à 60 cm de long. Ces blocs ne présentent aucune assise et constituent donc un soubassement pérenne. Le plan des structure est toujours allongé, de 8 à 12 m de long pour une largeur de 2 à 3,5 m. L’espace interne est toujours environ compris entre 18 et 28 m². L’un des petits côtés présente presque systématiquement une abside. Dans deux cas seulement, ce chevet est orthogonal (à cause de la présence d’une masse rocheuse). Ces structures utilisent de façon optimale les affleurements du substrat. Les blocs utilisés sont toujours placés de manière à présenter une face plane en parement interne. De fait, lorsqu’elles sont bien conservées, ce qui est souvent le cas, les structures possèdent un parement interne très régulier. La seule ouverture formant interruption dans la couronne de blocs est située dans le petit côté opposé au côté absidial. On suppose qu’à cet endroit se situe un système de porte. Leur implantation privilégie les terrasses naturelles ou aménagées mais certaines respectent des pendages parfois importants (« Cuciurpula 16 »). La structure « Cuciurpula 3 » ; déjà originale par la taille des blocs employés, est associée à un aménagement de gros blocs disposés en hémicycle. Certaines sont clairement en relation avec des abris-sous-roche. D’autres incluent de manière surprenante des affleurements rocheux dans leur espace interne. Les abords des sources sont privilégiés. Enfin, fait surprenant, la structure « Cuciurpula 13 » a livré un grand nombre d’outils de broyage en surface (près de 50 % du corpus du site), ce qui suggère une fonction particulière.

 

4.1.2. Les terrasses

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Figure 3 : Topographie du site de Cuciurpula
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Deux types de terrassements sont présents sur le site. Les plus nombreuses sont destinées à aplanir des surfaces relativement importantes dans le but d’y implanter des structures allongées. C’est le cas des structures 1, 5, 14 et 15, qui se distribuent sur un espace défini par une terrasse dont la longueur est interrompue par le bloc rocheux qui forme l’abri 1 (fig. 3). Ces aménagements sont bâtis en pierres de calibre moyen, montées à sec sur plusieurs assises. Plus rares sont des terrassements plus hauts que longs, réalisés en gros blocs, qui barrent des accès et délimitent des surfaces planes particulièrement étroites. L’intérêt d’un tel investissement pour un résultat aussi maigre est à déterminer. Dans tous les cas, et contrairement aux enceintes, les terrassements importants suivent les lignes altimétriques.

4.1.3. Les enceintes

Deux portions d’enceinte ont pu être observés. Il semble que ces deux structures n’étaient pas jointives. L’ « enceinte ouest » est conservée sur quelques dizaines de mètres dans la parte nord-occidentale du site. La technique utilisée est celle du double parement. Son épaisseur moyenne est de 2 m. Elle utilise des blocs de calibre moyen montés en assise. Son état de dégradation est avancé. Sa hauteur originelle est inconnue. Elle s’implante sur une ligne de partage des eaux peu prononcée mais marquée par un affleurement longiligne. L’ « enceinte est » borde le secteur nord-oriental du site, au contact de plusieurs structures. Ici, la technique est différente. Il s’agit d’un alignement de gros blocs posés directement sur le substrat, même en cas de pendage très important. Contrairement à la plupart des enceintes protohistoriques de Corse, ces enceintes coupent transversalement les lignes de niveau au lieu de les suivre. Aucune structure complémentaire (porte, poterne, bastion) n a été détectée. Dans les deux cas, il semble que ces structures aient plus un rôle symbolique de limite qu’une fonction défensive. Au-delà, le paysage change, les versants sont plus accentués et toute structure archéologique est absente. L’enceinte détermine donc l’espace occupé.

4.1.4. Les abris

Les abris-sous-roche en taffoni sont omniprésents sur le relief de Cuciurpula. Leur nombre est estimé à plusieurs centaines. Leur surface habitable varie entre 1 et 50 m² pour une hauteur qui peut atteindre 5 m. Beaucoup ont été aménagés par des murets à des époques et pour des fonctions indéterminées. Un grand nombre d’entre eux livre du mobilier superficiel.

4.1.5. Autres éléments

Parmi les autres témoins archéologiques présents sur le site, on peut mentionner des rochers cupulés, des meules sur bloc et un escalier en pierre sèche constitué de quatre marches. D’autre part, il semble que l’accès aux structures « Cuciurpula 1 » et « Cuciurpula 5 » se faisait par le Sud. Une rampe naturelle s’insère entre une terrasse et une masse rocheuse pour former un cheminement scalariforme.

4.1.6. Organisation générale

Le site protohistorique intègre donc plusieurs composantes qui ont pu avoir un rôle complémentaire. L’aire archéologique médiévale n’occupe que le secteur sommital et est séparée du site protohistorique par deux enceintes dont le rôle est de surligner les limites du gisement vers l’amont. En raison de la végétation et de leur état de dégradation, il est difficile d’évoquer la poursuite des enceintes vers la zone méridionale. Les structures allongées se distribuent donc au sud des enceintes selon une répartition a priori aléatoire. Les regroupements les plus forts semblent cependant caractériser l’espace oriental. Certaines terrasses sont indépendantes mais l’essentiel d’entre elles sert de structure de soutènement et vise à la définition de zones colluviales planes où sont implantées les structures. Parfois, une même terrasse intègre plusieurs structures organisées selon des terrassements secondaires construits en gros blocs sans assise. Ces derniers sont difficilement individualisables car endommagés et recouverts d’une épaisse couche humique. Cependant, leur récurrence autorise presque systématiquement leur détection prédictive. Malgré son aspect aujourd’hui sauvage, le site de Cuciurpula témoigne d’un important degré d’anthropisation malgré le fait que ne nous sont conservées que les manifestations liées à l’exploitation des blocs locaux. L’exploitation du bois a du constituer une constante que seuls des travaux d’excavation pourront documenter. Il existe donc un lien fort entre les enceintes, les terrasses et les structures allongées. Même si la teneur fonctionnelle de ces rapports ne peut à ce jour être définie, on pose le postulat que la plus grande partie de ces entités archéologiques sont contemporaines ou sub-contemporaines, ce qui semble confirmé par l’homogénéité des techniques et du mobilier superficiel. Bien que probablement dictée par la morphologie du relief et la répartition des chaos rocheux, la distribution et l’orientation des structures indiquent une structuration générale réfléchie qui respecte les évidences et les cheminements naturels aujourd’hui contrecarrés par la croissance forestière. On rappellera ici l’importance des pointements d’eau et des sources dans l’organisation topographique des structures. Le rôle des abris est plus difficile à interpréter car leur répartition n’est pas anthropique. Il est néanmoins évident qu’ils participent de façon importante à l’organisation du site, dont le nom est là pour rappeler l’importance que ces cavités ont exercé dans l’esprit des groupes de l’Alta Rocca, à toutes les époques. Au regard des caractères structurels du site, son interprétation en tant qu’habitat, ou Οικέσιμα (6), reste, en l’état actuel des connaissances, la plus plausible.

 

4.2. Mobilier superficiel

Les pentes méridionales de Cuciurpula sont extrêmement riches en mobilier superficiel. Ce matériel est pris dans la couche humique qui subit de nombreux défonçages de la part des sangliers. Déjà très fourni, l’épandage est particulièrement étendu puisque l’on peut effectuer des collectes sur près de 20 hectares, sans compter le secteur sommital.

4.2.1. Mobilier céramique (fig. 4-5)

Un échantillonnage de 325 tessons a été pratiqué avant et pendant la campagne. Il s’agissait de récupérer essentiellement des éléments de formes et des fragments offrant un potentiel d’étude technique. Ce corpus inclut de rares tessons de céramiques vernissées que l’on peut rattacher à des contextes du XVIIIe siècle et qui datent probablement une exploitation charbonnière. L’étude montre que ce corpus est assez peu varié typologiquement comme techniquement, suggérant ainsi une période d’occupation relativement courte dont la durée reste à définir. Cette période concerne très vraisemblablement l’âge du Fer, probablement dans sa première phase (850-550 av. J.-C.) (7). Cependant, la possibilité d’une occupation antérieure (Bronze ancien ?), plus fugace, ne peut être écartée. Celle-ci pourrait se localiser sur le secteur sommital où nous avons vu que les vestiges bâtis et matériels antéhistoriques sont ???. Certains éléments seraient donc en position secondaire à atterrissement lointain, ce qui n’est en rien contradictoire avec l’intensité des pendages.

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Figure 4 : Mobilier céramique superficiel
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Figure 5 : Mobilier céramique superficiel
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4.2.2. Mobilier métallique

A l’exclusion des éléments sub-contemporains (fragments de tôles, cartouches et monnaie), un seul élément en métal a été découvert sur le site. Il s’agit d’un fragment de partie distale d’une hache en bronze. Le tranchant convexe permet de la rattacher de certains modèles de haches plates (Lanfranchi, Weiss 1997) ou de haches à marges rehaussées (ou « haches médocaines ; Briard, Verron 1976), plus généralement de haches circulant en domaine sarde, centro-italique ou sud-alpin au Bronze ancien et jusqu’au milieu du Bronze moyen.

4.2.3. Mobilier lithique

Le mobilier superficiel inclut des cassons et des éclats de rhyolite en nombre très mince qui n’offrent pas d’information chrono-culturelle précise. Plus nombreux sont les éclats de quartz laiteux. Mais ce qui caractérise le mieux le mobilier lithique est constitué par une quarantaine d’outils actifs de meunerie (molettes, pilons) dont près de la moitié provient de la structure « Cuciurpula 13 » rebaptisée « maison du meunier ». Ces pièces sont très faciles à repérer car leur nature géologique est différente du granit local. Il pourrait s’agir d’une granodiorite filonienne disponible en quantité importante à 2 km au sud-est du site. Ces outils sont choisis parmi des blocs sub-circulaires d’une douzaine de centimètres de diamètre moyen et présentent des surfaces arasées par frottement prolongé. Dans la même matière a été utilisé un bloc d’une quarantaine de centimètres de long présentant une surface irrégulière polie. Il s’agit probablement d’un polissoir. Trois fragments de meule sur bloc mobile, réalisées dans le leucomonzogranite local, présentent une surface utile de forme très légèrement concave, assez caractéristique des meules protohistoriques de Corse. Elles attestent de la production de farine sur place et donc d’une probable utilisation agricole des alentours du site (8). Enfin, toujours typique de l’âge du Bronze et de l’âge du Fer, on dénombre plusieurs fragments d’hématite, bruts ou présentant des facettes polies (aiguisoir ?).

 

Figure 6 : Plan de la structure "Cuciurpula 1".

5. Test de la structure « Cuciurpula 1 »

5.1. Description

La structure « Cuciurpula 1 » est l’une des mieux conservées du site. Elle voisine aux structures 5, 14 et 15, implantées sur un même terrassement qui s’appuie sur la masse rocheuse de l’abri 1 (fig. 3). Son orientation nord/sud respecte celle d’un pointement rocheux situé en amont qui plonge sous la structure immédiatement au nord de celle-ci. Sa longueur est de 11,80 m pour une largeur maximale de 3,80 m. Sa couronne de pierre emploie 28 blocs principaux, tous issus du leucomonzogranite local, présentant une face d’éclatement disposée vers l’intérieur. Ces blocs peuvent atteindre 110 cm de long. Près de 12 d’entre eux sont très vraisemblablement encore disposés à leur strict emplacement originel. Les autres ont été renversés selon des processus qui restent à déterminer mais qui ont pu être multiples. L’espace interne, défini d’après les blocs en place, est de 24 m² (fig. 6). Les longs côtés sont parallèles. Ils se rejoignent au Sud dans une abside où figurent les blocs les plus hauts (9). Au Nord, une file de blocs en place forme une semi-abside. Le vide situé au Nord-Ouest doit être interprété comme l’entrée. La forme et l’orientation de la structure ont engendré la formation lente d’un important dépôt humico-colluvial sur toute la surface interne. Cet état de fait semble très favorable à la conservation des vestiges.

 

5.2. Implantation du sondage

Avant la campagne, il fut décidé de pratiquer un sondage disposé en deux bandes de 2 m organisées en quinconce. Cette méthode aurait permis d’obtenir 12 m de section verticale (dont un log de 4 m dans l’axe longitudinal). La présence d’une souche de chêne à un endroit stratégique nous a obligé à réadapter le sondage en deux bandes de 2 m jointives sur 1 m, ce qui a permis d’obtenir 13 m de section verticale (dont un log de 3 m dans l’axe longitudinal). L’implantation du sondage s’est faite dans la partie sud de la structure, où la puissance sédimentaire est la plus importante, afin d’obtenir un nombre optimal d’informations. En aucun endroit le sondage ne vient toucher la couronne de pierre qui sert de soubassement monumental et permanent de la structure. Le but de l’excavation est donc avant tout de comprendre les processus de sédimentation.

 

5.3. Interprétation stratigraphique (fig. 7)

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Figure 7 : Relevés stratigraphiques de la structure 1 (cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Le substrat géologique local granitique subit une érosion de type arénisation probablement combinée à un colluvionnement (ce qui expliquerait la présence de tessons, qui seraient donc en position secondaire, dans l’US 114). L’US 114 est le résultat de ce processus érosif combiné à un apport sédimentaire. Le sommet de l’US 114 a probablement constitué un sol naturel correspondant au sol piétiné par les groupes humains qui ont bâti la structure. Cette remarque est induite de l’élaboration du sol construit 106e à plat sur l’US 114. L’US 113, sans lien stratigraphique direct avec les US 114 et 106e, est constituée d’un apport colluvial. Sa position stratigraphique sous l’US 105 montre qu’il pourrait s’agir d’un lambeau latéral (après vidange ?) d’une première strate de fonctionnement du sol US 106e. L’US 105 est constituée d’un fort apport de colluvions fines sur l’intégralité de la surface fouillée. Il s’agit d’un probable mélange entre la déposition corrélée à la fréquentation (nappe de charbon datée du premier âge du Fer) nommée « Phase I » et un apport sédimentaire humico-colluvial qui marque une phase d’abandon (« interface Phase I/Phase II ») trahie par une puissance sédimentaire importante. C’est dans cette couche de terre qu’est planté le pieu US 112 (fig. 8), ce qui illustre simultanément une phase de reprise (« Phase IIa ») et donc l’existence avérée de l’US 109 à ce moment de l’histoire de la structure (10). Autour de ce piquet, est (sont) chapé(s) le(s) sol(s) US 106d avec ses (leurs) parements de tessons successifs (fig. 8).

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Figure 8 : Relevé planimétrique du sondage de la structure 1
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Par la suite, et selon plusieurs phases de réfections, on élabore le(s) sol(s) US 106c. L’évolution des sols US 106b et 106a pourrait être parallèle (11). L’US 104, constituée d’un empierrement qui inclut une grande majorité de pierres calibrées (rectangulaires aplaties), voire anthropiquement régularisées, témoigne d’un geste et ne peut de fait être considérée comme un apport gravitaire, elle est donc interprétée comme un sol construit comme un dallage. Il s’agit là de l’aménagement ultime des sols US 106d/c/b/a (« Phase IIb »). Juste avant ou juste après cet aménagement (12), on perce les sols 106d et 106c pour installer le poteau du creusement US 108 qui servait probablement à soutenir la charpente (fig. 8). Puisque l’on suppose par raisonnement hypothético-déductif qu’une charpente existait préalablement à l’aménagement des sols US 106d/c (13), il faut voir dans ce creusement non pas un aménagement mais une réfection. Le poteau a simplement du être changé (et agrandi ?) ou déplacé de quelques centimètres. Il ne subsiste rien des niveaux de fréquentation des sols US 106b/a, 106c/d et 104. Ces remplissages virtuels, s’ils ont existé, ont été emportés par des phases érosives. Ce fait est prouvé par le fait que l’US 107 (qui représente le deuxième niveau de remplissage de l’US 108 après l’US 110) et l’US 111 (remplissage du trou de piquet) sont coupées par l’US 103 (14). Cette dernière constitue donc un apport colluvial qui pourrait être responsable (en cas de glissement violent) ou successif (en cas de lessivage préalable) à la destruction des strates formées lors de la phase de fonctionnement de l’US 104, si tant est qu’elles existèrent (15). Quoi qu’il en soit, la mise en place du remplissage de l’US 103 constitue probablement un épisode humique long. Ce niveau est scellé par l’empierrement US 102 dont les caractéristiques suggèrent une répartition non directement anthropique car totalement aléatoire. Ce niveau pourrait trouver son origine dans une modification assez violente du milieu ayant engendré un pic rhexistatique (ouverture du milieu) à l’échelle du site. Cet épisode pourrait être corrélé à la reprise des activités charbonnières à la fin des années 1940 selon des protocoles industriels. L’US 101 est facilement interprétable comme un niveau humique de formation sub-contemporaine (16). Ce niveau correspondrait à la fermeture du milieu de ces quarante dernières années. La présence de plusieurs tessons roulés et desquamés illustre un complément sédimentaire dynamique d’origine colluviale. L’US 100 est le sommet de l’US 101, définie en tant que sol actuel et constituée du tapis humique en cours de formation. L’US 100 se transforme donc chaque jour, et surtout à l’automne, en US 101.

 

5.4. Mobilier

Le mobilier découvert en fouille dans la structure « Cuciurpula 1 » est composé de :
            - 556 tessons ;
            - d’importantes quantités de terre cuite architecturale ;
            - d’une industrie lithique employant des galets, du quartz laiteux et de l’hématite ;
            - de charbons dont l’étude est en cours (analyse menée par Vanessa Py, UMR 6572).
Près de 80 % de ces vestiges ont été côtés stratigraphiquement en trois dimensions. Les 20 % restants ont été enregistrés par carrés car découverts lors de la phase de tamisage. Aucun vestige faunique (probablement disparus à cause de l’acidité du terrain), métallique ou autres n’a été découvert.

5.4.1. Mobilier céramique (fig. 9)

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Figure 9 : Mobilier céramique de la structure 1.
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L’US 101 a livré 76 tessons, souvent très érodés. Les pâtes incluent des éléments microscopiques à pluri-millimétriques. L’épaisseur des parois (montées au colombin) varie entre 4 et 13 mm pour une valeur moyenne autour de 8 mm. Les surfaces sont lissées ou brunies. La cuisson oxydante est très majoritaire. Parmi les éléments de forme, on reconnaît des fonds plats (environ 10 mm d’épaisseur moyenne), un cordon lisse et un fragment de panse décorée d’incisions courtes profondes et verticales (fig. 9, n° 1). Ces vestiges s’intègrent parfaitement dans un contexte du premier âge du Fer de type Nuciaresa (Lanfranchi 1978 ; Tramoni 1998, 2000).
L’US 103 a livré 93 tessons, souvent de très taille modeste, et 37 nodules d’argile issus de la désagrégation des US 106a et 106c. La production présente des protocoles techniques qui diffèrent surtout par la fréquence et la granulométrie des éléments non plastiques inclus naturellement ou artificiellement dans la matrice argileuse. La texture serrée est néanmoins une constante. L’épaisseur des parois est toujours comprise entre 4 et 12 mm, pour une valeur moyenne à près de 8,5 mm. Les surfaces sont bien lissées ou brunies. La cuisson est majoritairement oxydante mais il faut noter que quelques tranches présentent une tricoloration noir/rouge/noir très marquée (rapide changement d’ambiance lors de la cuisson). Parmi les formes reconnues figurent 4 fonds plats, 1 anse rubanée, 2 lèvres aplaties et 1 fragment de panse portant une bande horizontale d’incisions verticales courtes, larges et profondes (fig. 9, n° 2). Ce mobilier doit lui aussi être rattaché à une occupation du premier âge du Fer méridional, même si des mélanges sont supposés dans ce niveau.
L’US 105 a livré 186 tessons et 5 nodules d’argile issus de la désagrégation des US 106b, 106d et 106e. Certains de ces nodules sont parementés et laissent entrevoir des négatifs de végétaux (feuilles). Les protocoles techniques sont homogènes. Les pâtes incluent un dégraissant sub-millimétrique à millimétrique, parfois de granulométrie légèrement plus élevée. Les parois (montées au colombin) sont épaisses de 6 à 13 mm (9 mm en moyenne) et sont lissées ou brunies. La cuisson oxydante est majoritaire à près de 90 %. Les autres protocoles de cuisson ont engendré des tranches trichromes noir/rouge/noir. Parmi les éléments morphologiques, on note 4 fonds plats (épaisseur moyenne : 11 mm), 3 anses rubanées, 1 languette à perforation verticale, 1 lèvre arrondie et 4 lèvres aplaties. L’une de ces dernières porte une anse disposée de façon sub-labiale qui permet de définir une tasse (fig. 9, n° 5) dont la forme rappelle assez vaguement les exemplaires de la Teppa di Lucciana (Vallecalle, Haute-Corse), datés du deuxième âge du Fer (Magdeleine, Milleliri, Ottaviani 2003, fig. 5, n° 41, fig. 6, n° 34 et fig. 17, n° 69), et ceux de Tappa 2 (Purtivecchju, Corse-du-Sud) (Milanini et al. à paraître, vases 25 et 39) (17). Ce niveau a aussi livré 2 fragments de panse portant un registre horizontal d’impressions en « grain de riz » (fig. 9, n° 3-4) très proche de celui découvert dans l’US 103 (fig. 9, n° 2).
L’US 106a est un sol construit en argile partiellement cuite dont le sommet est très partiellement parementé de tessons. Ce sol a été conservé in situ en tant que témoin.
L’US 106b est un sol construit en argile partiellement cuite, conservé in situ en tant que témoin.
L’US 106c est un sol construit en argile partiellement cuite dont le sommet et l’épaisseur sont parementés de tessons. Les négatifs de tessons dans la matrice montrent que la chape et son pavement céramique sont contemporains. Cette structure a été divisée en deux locus disposés horizontalement (A et B).
Locus A : 25 tessons ont été retirés de cette partie de la structure. Ils appartiennent tous à un même vase dont plusieurs pans de parois ont été posés à plat sur le niveau d’argile. Le taux de fracturation et de piétinement est important mais la présence exceptionnelle du bord dans ce type de structure permet de reconstituer partiellement le profil du vase (fig. 9, n° 6). Il s’agit d’une jarre à col tronconique convergent qui ne tranche pas avec le reste de la production. La matrice argileuse du récipient inclut peu de matière non plastique et celle-ci est toujours sub-millimétrique. L’épaisseur des parois varie entre 7 et 9 mm (moyenne : 8 mm). Le lissage est bon et la cuisson est oxydante.
Locus B : 39 tessons de taille réduite ont été retirés de cette partie de la structure. Ils appartiennent tous à un même vase dont plusieurs pans de parois ont été posés à plat sur le niveau d’argile. Le taux de fracturation et de piétinement est trop important pour permettre des recollages et proposer un profil de ce vase. La matrice argileuse de ce dernier inclut peu de matière non plastique et celle-ci est toujours sub-millimétrique. L’épaisseur des parois varie entre 7 et 11 mm (moyenne : 8,5 à 9 mm). Le lissage est bon et la cuisson est réductrice en fin de fournée (pâte noir/rouge/noir à pellicule externe millimétrique).
L’US 106d est un sol construit en argile partiellement cuite dont le sommet et l’épaisseur sont parementés de tessons. Les négatifs de tessons (et parfois de végétaux) dans la matrice montre que la chape et son pavement céramique sont contemporains. Cette structure a été divisée en trois locus répartis horizontalement (A, B et C).
Locus A : 25 tessons de taille réduite ont été retirés de cette partie de la structure. Ils appartiennent tous à un même vase dont plusieurs pans de parois ont été posés à plat sur le niveau d’argile. Le taux de fracturation et de piétinement est trop important pour permettre des recollages et proposer un profil de ce vase. La matrice argileuse de ce dernier inclut peu de matière non plastique et celle-ci est toujours sub-millimétrique. L’épaisseur des parois varie entre 7 et 9 mm (moyenne : 7,5 mm). Le lissage est bon et la cuisson est oxydante.
Locus B : 16 tessons de taille réduite ont été retirés de cette partie de la structure. Ils appartiennent tous à un même vase dont plusieurs pans de parois ont été posés à plat sur le niveau d’argile. On notera aussi la présence d’un fragment de fond (15 mm d’épaisseur). Le taux de fracturation et de piétinement est trop important pour permettre des recollages et proposer un profil de ce vase. La matrice argileuse de ce dernier inclut peu de matière non plastique et celle-ci est toujours sub-millimétrique. L’épaisseur des parois varie entre 7 et 10 mm (moyenne : 8,5 mm). Le lissage est bon et la cuisson est oxydante.
Locus C : 41 tessons de taille réduite ont été retirés de cette partie de la structure. Ils appartiennent tous à un même grand vase dont plusieurs pans de parois ont été posés à plat sur le niveau d’argile. On notera aussi la présence d’un fragment de fond (14 mm d’épaisseur). Le taux de fracturation et de piétinement est trop important pour permettre des recollages et proposer un profil de ce vase. La matrice argileuse de ce dernier inclut peu de matière non plastique mais certains grains atteignent 6 mm de long. L’épaisseur des parois varie entre 7 et 10 mm mais 70 % des fragments sont épais de 8 mm. Le lissage est bon et a laissé des traces à l’intérieur du vase. La cuisson est oxydante.
L’US 106e est un sol construit en argile partiellement cuite dont le sommet est très partiellement parementé de tessons. 14 tessons de taille réduite ont été retirés de cette structure. Ils appartiennent tous à un même vase dont plusieurs pans de parois ont été posés à plat sur le niveau d’argile. Le taux de fracturation et de piétinement est trop important pour permettre des recollages et proposer un profil de ce vase. La matrice argileuse de ce dernier inclut peu de matière non plastique et celle-ci est toujours sub-millimétrique. L’épaisseur des parois varie entre 7 et 11 mm (moyenne : 9 mm). Le lissage est bon et la cuisson est oxydante.
L’US 107 a livré 10 fragments de panse et 5 nodules d’argile issus de la déstructuration d’un sol construit. Les matrices argileuses n’incluent en apparence aucun dégraissant. L’épaisseur des parois varie entre 5 et 12 mm, pour une moyenne à 8,5 mm. Les surfaces ont subi un bon lissage ou un brunissage. La cuisson oxydante est majoritaire mais on observe plusieurs tessons à tranche noir/rouge/noir. Ces fragments appartiennent à au moins 2 récipients.
L’US 111 a livré 8 fragments de panse. Les pâtes ne présentent aucun dégraissant apparent. L’épaisseur des tessons varie entre 8 et 10 mm. Le lissage est bon. La cuisson est oxydante. L’homogénéité de ces vestiges, ainsi que leur position stratigraphique permettent d’affirmer qu’ils appartiennent à un même récipient.
L’US 113 a livré 17 ou 18 fragments de panse. La technique de réalisation est homogène. Les pâtes ne présentent aucun élément non plastique et la texture est si dense et compacte qu’elle génère une impression de lourdeur. L’épaisseur des parois (montées au colombin) est toujours comprise entre 8 et 9 mm, sauf pour un élément à 14 mm (fond ?). Les surfaces ont toutes subi un brunissage. Les cuissons sont oxydantes. Il s’agit là des restes de deux récipients au maximum, dont une jarre.
L’US 114 a livré 5 tessons. Ici, le dégraissant est millimétrique. L’épaisseur des parois est comprise entre 7 et 10 mm. Les parois sont bien lissées. Les cuissons sont oxydantes mais on observe un tesson dont la tranche présente un aspect en « sandwich » noir/rouge/noir.

5.4.2. Mobilier lithique

US 101 :
            - éclat de quartz laiteux vacuolaire ;
            - fragment de quartz laiteux (30 x 19 x 11 mm), possible nucleus à éclats ;
US 103 :
            - éclat issu d’un galet de granit filonien portant une facette aplatie par abrasion    (molette ?) ;
            - galet (3 à 4 cm de diamètre) de leucogranite à biotite présentant des facettes     naturelles ;
US 105 :
            - fragment de quartz laiteux (39 x 32 x 20 mm), possible nucleus à éclats ;
            - fragment de quartz laiteux (36 x 24 x 18 mm), possible nucleus à éclats ;
            - fragment de quartz laiteux (41 x 32 x 24 mm), possible nucleus à éclats ;
            - fragment de quartz laiteux (55 x 30 x 27 mm), possible nucleus à éclats ;
            - bloc d’hématite de forme pyramidale (41 x 21 x 10 mm) poli sur 4 côtés et brisé sur le cinquième. Il s’agit très probablement d’un aiguisoir ;
US 106a :
            - éclat issu d’un galet de granit filonien portant une facette aplatie par abrasion    (molette ?) ;
US 106e :
            - fragment d’aiguisoir en hématite présentant un lambeau de plage polie. L’objet a, par   la suite, été brisé par percussion directe. Il est impossible de déterminer s’il s’agit d’un geste anthropique ;
US 107 :
            - bloc d’hématite parallélépipédique (20 x 13 x 9 mm) poli sur ses 6 côtés. Il s’agit probablement d’un aiguisoir ;
Ce lot hétérogène faisant intervenir des matières premières d’origine, de potentiel et de fonctions différents est assez récurrent dans les sites protohistoriques de Corse, même s’il n’offre aucun élément proprement caractéristique. L’utilisation des galets semble liée à l’obtention de farines ou à un simple broyage de grains ou fruits secs. Celle du quartz trahit une volonté d’obtention rapide et d’utilisation expédiente de tranchants de qualité très variable. L’utilisation de l’hématite est vraisemblablement liée à l’aiguisage d’outils métalliques (traces particulières sur les facettes) et peut-être également à l’obtention de pigments rouges. Si les deux premiers matériaux sont disponibles en abondance dans les environnements immédiats du site, la provenance de l’hématite reste à ce jour inconnue. Cette remarque est valable pour tous les autres gisements de l’île (18).

 

5.5. Conclusions et hypothèses préliminaires

Le sondage de 4,25 m² pratiqué dans l’espace interne de la structure « Cuciurpula 1 » apporte plusieurs enseignements concernant son évolution chronologique, architecturale, fonctionnelle et culturelle.
La stratigraphie illustre deux phases principales d’occupation de la structure. L’existence de la couronne de pierre est démontrée lors de la phase II et fortement pressentie lors de la phase I bien que non encore directement documentée. Ces deux phases sont séparées par un épisode d’abandon dont le terminus post quem est daté en absolu de la deuxième moitié du VIIe siècle av. J.-C., soit dans le dernier siècle du premier âge du Fer (19). L’époque d’abandon définitif ne peut être déterminée à cause de processus érosifs d’ampleur inestimable. L’homogénéité du mobilier du début à la fin de la séquence plaide en la faveur d’une tranche chrono-culturelle resserrée, ce qui ne signifie pas toutefois qu’elle soit courte. En l’état actuel de l’investigation, on retient l’hypothèse d’une fondation de la structure vers le milieu du premier âge du Fer (VIIIe siècle ?) suivie d’un abandon vers la fin du VIIe siècle précédant une reprise. Toujours hypothétiquement, l’industrie céramique pourrait indiquer un abandon définitif vers la fin du Ve siècle. La composition des niveaux les plus hauts illustre probablement des modifications du milieu. Un épisode d’érosion, transposé stratigraphiquement par un apport de blocs sur un sol humique sub-contemporain (US 102), a été interprété comme résultant de la reprise de l’exploitation charbonnière en 1946 qui a certainement engendré une brusque ouverture du milieu et une mise en mouvement des horizons superficiels. Les US 103, 102 et 101 n’ont donc que peu d’intérêt archéologique, même si elles ont livré une quantité importante de mobilier en position secondaire.
Nous rappelons que l’étude de la couronne de pierres (US 109) s’est limitée à des observations préliminaires dénuées de toute information d’ordre chrono-stratigraphique. L’opération a néanmoins permis de documenter plusieurs techniques architecturales. L’observation d’au moins trois sols en place (US 106e, US 106d/106b et US 106c/106a) est déjà exceptionnelle en soi dans un contexte protohistorique insulaire. La fouille a permis de décrire une technique originale employant des chapes parementées de tessons (20) (et peut-être aussi de litières végétales) dont l’épaisseur trahit plusieurs phases de réparation/réfection. Déjà particulièrement révélateurs de la « vie » de la structure, ces aménagements sont, au dernier moment connu de l’occupation, coiffé d’un dallage (US 104) qui pourrait déjà montrer la volonté des groupes insulaires, qui plus est montagnards, de s’intégrer dans les courants de mode classiques qui traversent la Méditerranée vers le milieu du Ier millénaire av. J.-C.. Les sols ont aussi permis de documenter partiellement les structures aériennes en matériaux périssables. Bien qu’encore isolé, le trou de poteau US 108, lui-même sujet de réfections, de par son diamètre important, sa position sur l’axe longitudinal et les comparaisons effectuées avec d’autres sites insulaires (notamment Campu Stefanu, à Suddacaru, Corse-du-Sud), est interprété comme un soutènement du columen (système de poutre faîtière). Dès lors, il est tentant d’envisager un toit à double pente (21). Le rôle du piquet de l’US 112 reste quant à lui indéterminé. La physionomie des parois, s’il y en eut (22), n’est pas documentée.
Le matériel récolté ne suffit pas à déterminer avec exactitude la (ou les) fonction(s) de la structure. Fait regrettable, dans un aucun cas sauf pour la détermination de phases érosives, la répartition planimétrique du mobilier n’offre un potentiel heuristique intéressant la distribution spatiale des activités qui s’exerçaient à l’intérieur de la structure. Tout au plus pourra t-on affirmer la présence une activité d’aiguisage d’outils métalliques sur place. Les collectes superficielles attestent aussi d’une production de farines autour des structures. En l’état actuel des recherches, et au vu de l’organisation générale du site, l’hypothèse d’un regroupement villageois composé d’une quarantaine d’habitations à peu près semblables suit son chemin mais reste à démontrer.
Enfin, sur le plan culturel, il semble que Cuciurpula s’intègre de manière parfaite dans les contextes à céramique de type Nuciaresa dont la chronologie fai(sai)t débat (Epicampaniforme ? ; Bronze récent ? ; âge du Fer ?). Les travaux engagés sur le site apportent déjà plusieurs éléments de réponse. Pour aller encore plus loin, il semble que Cuciurpula soit l’un des plus importants gisements pour cette aire chrono-culturelle. Il est également le mieux conservé et présente la particularité d’être le plus haut mais aussi le plus septentrional. La forme des structures n’est pas particulièrement originale et l’on découvre chaque année plusieurs regroupements de ce type dan le sud de l’île, à Aullène, Quenza, Lévie ou Sartène. Cette homogénéité architecturale suggèrerait leur unicité culturelle. L’âge du Fer insulaire n’étant quasiment documenté que par des sépultures (souvent décontextualisées), leur exploration constitue une voie nouvelle pour l’archéologie corse.

 

6. Test de l’abri 1

6.1. Description et problématiques

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Figure 10 : Section de l'abri 1.
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En parallèle à l’opération concernant la structure 1, il nous a semblé nécessaire de documenter les nombreux abris voisins des constructions en pierre sèche, dont une part importante livre du mobilier protohistorique en superficie. Les objectifs étaient de comprendre la fonction dévolue à ces cavités naturelles pouvant correspondre à des annexes de l’habitat, à des lieux réservés à des activités économiques particulières ou encore à des caveaux sépulcraux. Cette dernière hypothèse était renforcée par la découverte en prospection de céramiques rapprochées dans un premier temps des vaisselles funéraires du Bronze ancien Sarde (Pêche-Quilichini 2007). La présence conjointe de structures interprétables comme des cellules domestiques et d’un nombre important de taffoni à Cuciurpula offrait également la possibilité d’étudier les relations et la complémentarité unissant ces deux typologies de sites.
Le choix de l’abri 1 pour l’implantation d’un sondage fut dicté par un certain nombre de paramètres. Sa proximité de la structure 1 offrait d’une part des facilités logistiques et d’autre part la possibilité de mettre en correspondance les données acquises dans les deux locus. Par ailleurs, l’existence d’un tertre de pierres (fig. 10) en avant de cet abri assurait son utilisation anthropique, à une époque toutefois indéterminée qu’il convenait de préciser. La présence de ce tertre permettait également d’envisager une bonne conservation de la stratigraphie à l’intérieur de la cavité.

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Figure 11 : Plan de l'abri 1.
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L’abri 1 correspond à un taffonu résultant de l’érosion d’un bloc granitique d’une dizaine de mètres de hauteur. L’espace ainsi dégagée se présente comme une salle allongée d’orientation est-ouest d’environ 5 m de longueur et d’1 à 2 m de large (fig. 11). La hauteur maximale sous plafond, correspondant à la partie face à l’entrée, est d’environ 1,80 m par rapport au sol actuel. Elle se réduit brusquement pour atteindre 50 cm dans la partie Ouest de l’abri. L’entrée principale (23), mesurant 1,80 m de large sur 80 cm de hauteur était barrée par un muret en pierre sèche moderne surmontant le tertre déjà évoqué.
Le sondage d’1m² fut implanté en face de cette entrée. L’axe du carroyage correspond à l’orientation globale de l’abri, pour permettre l’insertion des coupes stratigraphiques dans les relevés généraux de la cavité et faciliter une possible extension de l’emprise du sondage.


 
6.2. Interprétation stratigraphique (fig. 12)

L’US 207, enregistrant la plus importante puissance sédimentaire, pourrait correspondre à un niveau anthropique d’âge protohistorique lié à l’utilisation de l’abri, comme en témoigne la présence de tessons de dimensions plus importantes que dans le reste de la séquence, souvent retrouvés à plat, ainsi que de charbons de bois. Les blocs de granits de grande dimension, devant résulter d’un éboulis, empêchent cependant l’installation humaine à cet endroit de la cavité qui est pourtant celui qui bénéficie de la plus grande hauteur sous plafond. Il faut donc envisager à titre d’hypothèse une occupation dans la partie ouest de l’abri ou plus vraisemblablement en avant de celui-ci si le tertre n’existait pas à cette période.
Les couches sédimentaires supérieures (US 206, US 203, US 202, US 201) doivent être interprétées comme le résultat de colluvionnements provenant du nord de l’abri communiquant avec une entrée supérieure. Les tessons protohistoriques roulés et enregistrant de forts pendages qui y ont été mis au jour sont donc en position secondaire. La pente observée au sommet de l’US 203, plus horizontale que celle des US 206 et 207 laisse envisager que la construction du tertre intervient juste avant la constitution de cette couche. La petite fosse s’ouvrant au sommet de cette unité stratigraphique doit pour sa part être reliée à une occupation de l’abri vraisemblablement récente compte tenue de sa position dans la stratigraphie. La présence de charbons de bois dans son remplissage témoigne de sa nature anthropique. Il pourrait s’agir d’une fosse de calage, l’exiguïté du sondage ne permet cependant pas de pousser plus loin l’interprétation.

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Figure 12 : Coupe stratigraphique déroulée du sondage de l'abri 1.
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6.3. Mobilier

6.3.1. Mobilier céramique (fig. 13)

Figure 13 : Mobilier céramique de l'abri 1.

L’US 200 et le ramassage superficiel effectué sur le tertre ont livré 20 fragments de panse dont l’épaisseur est comprise entre 6 et 17 mm. Ces tessons ont tous connu un bon lissage et subi une cuisson oxydante.
L’US 202 a livré 32 tessons, dont une large majorité de fragments de panse. Deux productions se répartissent de façon à peu près équitable dans ce lot. La première inclut une proportion importante d’éléments non plastiques millimétriques. La seconde pourrait avoir été dégraissée au moyen d’une autre argile (aucun élément observable macroscopiquement). L’épaisseur moyenne de 8 mm et la cuisson oxydante concernent les deux cas. Certaines tranches sont trichromes noir/rouge/noir. On compte dans ce niveau une lèvre aplatie et un fragment de paroi portant une impression en « grain de riz ».
L’US 203 a livré 4 tessons. Ces 4 fragments de panse sont épais de 7 à 13 mm, ont subi un lissage et une cuisson oxydante. Un bord à lèvre aplatie constitue le seul élément morphologique reconnu.
L’US 206 a livré 30 tessons. Les pâtes incluent un dégraissant sub-millimétrique à millimétrique. Les parois, épaisses de 7,5 mm en moyenne, ont fait l’objet d’un bon lissage. Des traces d’estèque sont discernables sur la surface interne de certains fragments. La cuisson oxydante est quasi-systématique. On note l’originale présence de tranches bichromes rouge/noir ou noir/rouge. Les rares formes documentent la présence d’un vase à lèvre aplatie et d’une hypothétique assiette à lèvre aplatie également.
L’US 207 a livré 67 tessons, dont 56 fragments de panse. Plusieurs productions sont représentées dans ce niveau. La proportion et la granulométrie du dégraissant sont variables mais sont globalement inclues dans les canons du site. Plusieurs négatifs montrent une fois de plus que le montage se fait au colombin. L’épaisseur des parois est toujours comprise entre 5 et 15 mm. On ne distingue pas de réelle classe dominante entre 7 et 10 mm, confirmant ainsi l’hypothèse de la cohabitation de plusieurs productions. Le lissage est généralement bon, surtout sur les récipients destinés à connaître une cuisson réductrice (bichrome noir/rouge), tendance peut-être héritée du Bronze final. Sur les récipients incluant de gros éléments non plastiques (jusqu’à 8 mm), le lissage est moins soigné et a laissé des traces parallèles sur les surfaces internes. Dans l’ensemble, les cuissons oxydantes sont très majoritaires. Parmi les formes, on reconnaît 4 fonds plats dont l’épaisseur est comprise entre 7 et 12 mm. Aucun diamètre n’est estimable. L’un d’entre eux conserve un résidu organique en cours de détermination et de datage (24). Le seul élément de préhension est une anse ensellée (fig. 13, n° 1) qui trouve des parallèles à Santa Barbara (Sartè, Corse-du-Sud), un contexte chrono-culturel très voisin de Cuciurpula. Les lèvres sont aplaties, convexes ou en ogive. Ce type caractérise un fragment de jarre à rebord convergent de 40 cm à l’ouverture (fig. 13, n° 2). Un trou de réparation montre que ce vase fut antiquement restauré après brisure. Cette perforation est cylindrique et donc très originale par rapport à la grande majorité de témoignages de ce type qu’a livrés la Protohistoire corse, d’ordinaire biconiques (25). La technique de perforation cylindrique avait déjà été observée à Viccia (Sartè, Corse-du-Sud), dans un contexte à céramique de type « Nuciaresa-Cumpulaghja » à décor « en grain de riz ». La ligature ne constituait pas le seul moyen de réparer le vase puisque la tranche (ainsi que les surfaces près de la tranche) du tesson laisse voir la présence d’un résidu organique interprétable comme une colle (26). L’utilisation de colle pour réparer les vases est également avérée à Santa Barbara.

 

6.3.2. Mobilier lithique

L’US 202 a livré un galet fragmenté bi-centimétrique d’orthose.

 

6.4. Conclusions et hypothèses préliminaires

Force est de constater que les résultats du sondage dans l’abri 1 n’apportent que peu d’éléments de réponse aux problématiques fixées. Si une occupation protohistorique contemporaine de celle de la structure 1 est avérée à la base du remplissage, l’exiguïté de la surface fouillée, réduite d’autant plus par la présence de blocs de grandes dimensions, n’a pas permis de récolter assez d’informations pour en préciser les modalités. Le principal intérêt du sondage revient en réalité au mobilier récolté, en particulier aux céramiques conservant des résidus organiques rares pour ces périodes sur l’île. L’attribution du tertre à une période récente peu également être supposée mais devrait être vérifiée par une extension du sondage contre celui-ci. Une occupation « post-protohistorique » de l’abri est d’ailleurs confirmée par la présence d’une petite fosse de calage dans les niveaux supérieurs. Les résultats acquis en 2008 n’encouragent donc pas la poursuite de la fouille de ce taffonu qui présenterait par ailleurs certaines difficultés logistiques, en particulier d’éclairage dans sa partie ouest.

 

7. Pour conclure

7.1. Acquis de l’opération

La prospection met en évidence la présence d’au moins trois entités archéologiques distinctes sur les parcelles concernées. Le secteur sommital est le lieu d’implantation d’une fortification médiévale. Celle-ci succède à une occupation protohistorique encore mal datée. Cependant, quelques vestiges matériels tendent vers une attribution au Néolithique final / Bronze ancien. Ces deux entités, bien différenciées architecturalement, se superposent et se mélangent en terme d’épandage. On note aussi des traces de fréquentation à l’âge du Fer et pendant l’époque sub-contemporaine. A plus de 200 m vers le Sud, le secteur qui nous intéresse ici s’est avéré particulièrement riche.
Le site protohistorique de Cuciurpula est un vaste complexe archéologique faisant intervenir plusieurs types de structures. La morphologie de l’épandage et du mobilier recueilli en fouille suggère un certain degré de contemporanéité entre ces aménagements tous remarquablement bien conservés.
Il est fortement supposé que l’occupation principale du site se place durant le premier âge du Fer (VIIIe/VIe siècles av. J.-C.) et pourrait se prolonger jusqu’au début du deuxième âge du Fer (Ve siècle av. J.-C.). Le site s’intègre de manière claire dans le complexe matériel de type « Nuciaresa-Cumpulaghja » à céramique à décor « en grain de riz », d’ailleurs défini dans des sites voisins. Ce mobilier renvoie à plusieurs sites du sud de l’île dont certains présentent une structuration similaire (Cumpulaghja).
Si la fonction des structures reste à définir (habitations ?), le sondage a néanmoins permis de documenter plusieurs aspects architecturaux concernant l’espace interne. Les structures définissent une aire allongée moyenne de 25 m² définie par une couronne de blocs. Elles semblent ouvertes sur un petit côté à l’opposé duquel se trouve un côté absidial. Ces structures possédaient vraisemblablement un toit charpenté. Bien que limitée, la connaissance des structures porteuses pourrait illustrer l’existence d’une poutre faîtière définissant un toit à double pente, ce qui paraît logique à un tel étage altimétrique. Plusieurs niveaux de sols font intervenir des techniques originales. Ainsi, le sol le plus ancien (US 106e, phase I) est constitué d’une simple chape horizontale d’argile cuite partiellement (sur sa surface supérieure). Plus tard, les sols US 106d, US 106c, US 106b et US 106a (phase IIa) incluent des parements de tessons dont la morphologie témoigne d’un choix (exclusion des tessons à proéminence). Le relevé en section de ces aménagements montre plusieurs reprises et/ou réparations superposées. De même, on a pu observer un déplacement ou un remplacement du poteau qui soutenait la charpente. Le dernier sol archéologique conservé, l’US 104 (phase IIb), est directement posé sur le précédent mais la technique est radicalement différente puisqu’elle met en œuvre ce que l’on peut appeler un dallage raisonné. Les niveaux successifs à l’abandon livrent des informations quant à l’intensité de l’activité charbonnière sur le secteur. Ce sondage offre donc des témoignages très « vivants » de l’histoire de la structure.
Dans l’abri 1, les résultats sont plus mitigés et ne permettent pas de trancher sur la fonction des cavités sur le site. Ils confirment néanmoins leur utilisation par les groupes qui occupaient les structures allongées mais également leur utilisation récente dont la tradition orale se fait toujours l’écho.
Etant donnée l’étendue des excavations, l’économie du site ne peut être que partiellement évoquée par une esquisse de site catchment. L’accès aux ressources primaires semble simple. L’eau est abondante, les coteaux se prêtent très favorablement à l’élevage de caprins et de porcins, la présence de meules montre que l’agriculture devait être pratiquée dans les alentours (27), voire sur le site grâce aux nombreux terrassements. On ne sous-estimera pas le rôle de la cueillette, de la chasse et de la pêche. Ces activités, de même que l’éventuelle fréquentation saisonnière (28) d’un site d’altitude, demandent cependant à être documentées. L’accès aux ressources lithiques ne pose pas de difficulté majeure pour les matériaux de construction ou l’obtention de quartz. La question de l’approvisionnement en minerais, et notamment en hématite, est plus problématique.
A la lueur de toutes ces données, on retiendra l’hypothèse d’un vaste habitat structuré à flanc de montagne, inséré (dans l’espace et dans le temps) au sein d’une trame de gisements similaires découverts dans le sud de la Corse.

 

7.2. Discussion : le groupe de Nuciaresa et les vaisselles de l’âge du Fer dans le sud de la Corse

Depuis sa mise en évidence à Nuciaresa (29) (Lanfranchi 1978) et Cumpulaghja (30) (Lanfranchi 1979b), voire à Cucuruzzu (31) (Lanfranchi 1979a), le groupe de « Nuciaresa-Cumpulaghja », ou faciès à décor « en grain de riz », a été l’objet de plusieurs interprétations, pour la plupart chronologiques. Ces découvertes avaient permis à l’inventeur de définir un groupe régional de l’extrême fin du Néolithique, parfois qualifié de Campaniforme. C’est dans ce sens que fut alors interprété le mobilier issu des fouilles de Bufua I (Figari, Corse-du-Sud) (Pasquet, Tramoni 1992). Quelques années auparavant, la fouille de Castidacciu (Sartè, Corse-du-Sud) avait cependant montré que ces productions étaient également représentées dans des contextes bien plus récents (32) (Nebbia, Ottaviani 1989). Ce n’est qu’avec le réexamen des séries des fouilles anciennes de Cozza Torta 2 (33) (Purtivecchju, Corse-du-Sud) et de Tappa 2 (34), puis grâce aux sondages menés sur le Pianu di u Grecu (35) (Sartè, Corse-du-Sud) et à l’étude du mobilier superficiel du col San Petru (Sotta, Corse-du-Sud) que Pascal Tramoni (Milanini et al. à paraître ; Tramoni 1998, 2000 ; Tramoni, Chessa 1998) montre que ce type de vestige doit être replacé dans un faciès culturel de l’âge du Fer propre au sud-est de la Corse, avec possibilités de transgression vers l’Ouest à la fin de la période. Cette dernière remarque doit vraisemblablement être pondérée par l’étude récente des séries de Santa Barbara (36), Acciola (37), Castellu di a Viccia (38) et Punta di a Cota (39), qui montre la présence de ces productions dans le Sartenais probablement dès le début ou le milieu du premier âge du Fer (Pêche-Quilichini en cours). On connaît donc aujourd’hui plus d’une trentaine de sites, surtout documentés par des ramassages superficiels, pouvant être rattachés à ce courant (information : A. Pasquet) (40). C’est dans ce contexte global que doivent être replacés les nouveaux travaux initiés en montagne, à Cuciurpula, et en plaine littorale, à Cozza Torta 2 (fouilles Milanini/Lechenault) (41).
La plus importante séquence connue est sans conteste celle qui fut récupérée après la fouille clandestine de la sépulture de Tappa 2 (Milanini et al. à paraître), qui offre une gamme importante de formes complètes et quelques objets métalliques. Ce mobilier a permis des rapprochements avec la plupart des sites publiés de l’île pour une période comprise entre la fin du premier et le milieu du deuxième âge du Fer. Il faut souligner pour cet abri la présence d’une production « peignée » (42), absente à Cuciurpula, qui pourrait caractériser les dernières phases d’utilisation de la cavité (43). Le rapport chronologique entre productions à décor « en grain de riz » et productions « peignées » devra d’ailleurs être mieux cerné à l’avenir pour évaluer le phasage de l’âge du Fer dans le sud de l’île (44). A l’autre extrémité, les affinités entre certaines céramiques de Cuciurpula et les vaisselles de l’âge du Bronze sont bien notées (fig. 4, n° 11) (45).
Il apparaît à la lueur des résultats obtenus à Cuciurpula, Tappa 2 et Acciola, complétés par les données de Testa di Ventilegne ou de Santa Barbara, que les vaisselles de type « Nuciaresa-Cumpulaghja » incluent essentiellement des formes de faible hauteur, dont un grand nombre de jattes fermées à col et de tasses de toutes sortes dont l’anse unique prend des formes variées. Les jarres ou autres grands récipients semblent peu fréquents. Le traitement de la lèvre privilégie l’aplatissement. Les fonds sont généralement plats, rarement concaves. Les anses à perforation cylindrique et les anses en ruban, notamment celles portant des ensellements longitudinaux, semblent dominer la liste des préhensions, où les cordons impressionnés ou incisés sont également bien représentés. Les vases tripodes semblent constituer une catégorie assez marginale. Le décor « en grain de riz » est organisé selon une gamme de registres très variée et n’obéit pas toujours à des trames géométriques. D’une certaine façon, on note une nette tendance au baroque. D’un point de vue technique très spécifique, les procédés de recollage antique des récipients, couplage d’un trou de réparation cylindrique avec collage des tranches, est très caractéristique de ces ambiances. Contrairement à ce qui fut largement diffusé dans la littérature spécialisée par le passé, ces productions ne sont pas frustres et témoignent d’un savoir-faire élaboré, tout autant pour l’obtention des pâtes que pour le montage, les protocoles superficiels ou le contrôle des cuissons. Il semble que seules la fin du deuxième âge du Fer et l’Antiquité connaissent une nette modification des techniques. Les confrontations extérieures sont rares, voire inexistantes (46).
Ces remarques concourent à mettre en évidence une relative originalité céramique dans le premier âge du Fer insulaire (47).

 

7.3. Perspectives de recherche

On envisage la poursuite des excavations dans l’espace interne de la structure « Cuciurpula 1 » afin de mieux cerner l’organisation interne, fonctionnelle comme architecturale, d’une structure (domestique ?) de l’âge du Fer dont l’état de conservation est remarquable. Il s’agira aussi de compléter l’évaluation des dynamiques sédimentaires afin d’affiner la chronologie de l’occupation et/ou de l’utilisation. On s’attardera entre autres sur la position stratigraphique et les caractères architecturaux qui concernent la couronne de pierres US 109. Ces travaux devront s’intégrer aux problématiques liées à la définition chrono-culturelle des sociétés insulaires de l’âge du Fer du sud de l’île sans perdre de vue la spécificité montagnarde du site. Cette originalité est sans doute corrélée à des activités socio-économiques particulières qu’il conviendra d’approcher en développant, par exemple, certaines approches paléoenvironnementales (détermination des essences carbonisées en cours). On espère à cette occasion pouvoir trancher sur l’éventuel statut saisonnier de l’occupation. On envisage également, à terme, de confronter le modèle stratigraphique et chrono-culturel acquis dans la structure « Cuciurpula 1 » à un autre aménagement du même type. Il s’agira, plus globalement, d’aborder la problématique, aujourd’hui encore hypothétique, de la définition des habitats du premier âge du Fer dans l’île. On rappellera à ce sujet que « toutes les données provenant de l’habitat restent à produire » (Milanini 2004, 246) car « à travers l’île, ce sont surtout des abris et des tombes qui ont été fouillés » (Jehasse 1982, 11).
On envisage également de réaliser de nouveaux sondages de contrôle dans des abris livrant du matériel afin d’en individualiser certains dont le bon état de conservation des niveaux archéologiques permettent une fouille plus étendue, seule à même de fournir des informations sur les types d’occupations dont ils ont fait l’objet.