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Pour citer cet article :
BEYLIER A., Le dépôt d’objets métalliques d’Auzet, Alpes-de-Haute-Provence (VIe s. av. n. ère), Cultures, Economies, Sociétés et Environnement du début de la Préhistoire au Moyen-Age : travaux en cours, Actes de la troisième table ronde des jeunes chercheurs en archéologie de la MMSH, Aix-en-Provence, 6 juin 2008, A. Boutet, C. Defrasne, T. Lachenal (dir.), http://www.mmsh.univ-aix.fr/ecoledoctorale/trjca/beylier.htm

 

 

 

Le dépôt d’objets métalliques d’Auzet, Alpes-de-Haute-Provence
(VIe s. av. n. ère)

Alexandre BEYLIER*

*Doctorant, Centre Camille Jullian

Mots-clés : Provence, premier âge du Fer, dépôt, fer, bronze, armement, damasquinage.

 

1. Situation et historique

Figure 1 : Localisation d’Auzet dans le sud-est de la France.

La commune d’Auzet se situe à l’extrémité septentrionale du département des Alpes-de-Haute-Provence, à une trentaine de kilomètres au nord de Digne-les-Bains (fig.1). Ce territoire montagneux, difficilement accessible, est niché au cœur des Préalpes méridionales qui s’étendent à l’est de Sisteron et que contourne par l’ouest la Durance. Le petit village actuel s’étire sur les pans d’un vallon encaissé, drainé par le torrent temporaire de la Grave, qui représente aujourd'hui l’une des deux voies de pénétration directe permettant de relier la plaine de Seyne au nord, via le col du Fanget, à Digne et au pays valensole au sud. Le dépôt est localisé immédiatement à l’est de la clue de Verdaches, à 1090 mètres d’altitude, sur la rive droite de la Grave, deux cents mètres environ avant le confluent constitué avec le Bès, principal affluent de la Bléone.
La découverte du gisement intervint au cours de l’été 1958, lors de l’installation par des bûcherons de deux piliers d’amarrage sur la bordure ouest de l’unique route conduisant au village, approximativement cinquante mètres en amont de la cascade du Saut de la Pie, l’une des composantes majeures du paysage. Les objets auraient été trouvés épars, à flanc de colline, sous un important éboulis de pierres et de rochers d’une épaisseur de 30 à 40 cm. Ils restèrent entreposés pas moins d’une semaine au bord de la chaussée avant que l’exploitant forestier, J. Bernard, n’eût l’heureuse initiative de les récupérer et de signaler leur existence. Il va sans dire qu’on ne peut garantir que le lot n’ait pas un peu diminué entre temps …
En novembre 1963 Raymond Moulin, alors correspondant de la Direction des Antiquités dans les Basses Alpes, procéda à l’inventaire des diverses pièces qu’il proposa de rattacher à l’époque gallo-romaine. Il s’ensuivit une notice succincte publiée au premier trimestre 1964 dans le bulletin de la Société scientifique et littéraire des Basses Alpes (Moulin 1964). Il recensa quarante-deux objets pour l’essentiel en fer.
Du 1er au 3 juin de la même année, il explora, avec l’aide de deux ouvriers, l’emplacement présumé de la découverte qui fut au moins jusqu’en 1961 à l’abri des prospections clandestines puisque recouvert par une coupe de bois. La fouille s’étendit sur une surface d’environ 30 m² et atteignit jusqu’à 1,20 m de profondeur au pied des piliers implantés par les bûcherons. Elle se révéla totalement négative. Un niveau argileux fut néanmoins identifié immédiatement sous l’amas de pierres. Il fut mis en relation par R. Moulin avec la différence de patine qu’il avait observée entre chacune des faces des objets en fer (1). Le dépôt aurait été par conséquent réalisé sous la pierraille, directement sur cette couche d’argile.
En 1967, la découverte d’Auzet est rapportée dans les informations archéologiques de Gallia (Salviat 1967). Une datation au début du La Tène est alors évoquée. Il faut attendre 1981 pour que R. Moulin publie en détail les circonstances de la découverte ainsi que les résultats de son exploration. Les objets, sans être passés intégralement en revue ni illustrés, sont examinés de manière un peu plus poussée. Une datation est retenue à titre provisoire entre le IVe et le Ier s. av. n. ère, bien que ne soit pas entièrement écartée une possible attribution au Bas-Empire. Le site est interprété comme « une cachette, soit d’un marchand soit d’un groupe armé » (Moulin 1981, 26).
Depuis lors, malgré l’établissement dans la carte archéologique des Alpes-de-Haute-Provence d’une notice synthétique soulignant notamment l’absence de datation bien arrêtée (Bérard 1997, 82), aucune étude détaillée n’est venue compléter la publication de R. Moulin, réduisant de fait à une certaine confidentialité l’existence de ce singulier gisement pour lequel, nous allons le voir, aucun équivalent n’est connu dans le Midi protohistorique. A la lumière des données acquises par le réexamen méthodique de l’ensemble du mobilier, il est pourtant désormais possible, un demi-siècle après sa mise au jour, de cerner précisément la période et le mode de constitution de ce dépôt qui, au vu des catégories fonctionnelles représentées et du traitement qui leur a été infligé, paraît finalement obéir à des mécanismes de formation bien moins prosaïques que ceux perçus jusqu’alors (2).

 

2. Composition du dépôt

Figure 2 : Quantification en nombre de restes (NR) et en nombre minimum d’individus (NMI) du mobilier du dépôt d’objets métalliques d’Auzet

R. Moulin récupéra seize objets qu’il remis, semble-t-il en janvier 1970, au musée Gassendi de Digne. Ils furent rejoints deux mois plus tard par ceux qui étaient alors en possession de J. Bernard, portant ainsi leur nombre à quarante. A cet ensemble il faut ajouter deux pointes de lance aujourd’hui perdues (3). Le total de quarante-deux objets ou fragments d’objets coïncide avec le recensement opéré anciennement par R. Moulin (fig.2).
La lisibilité des pièces est irréprochable dans le sens où le délitement du fer est nul et la formation de concrétions généralement imperceptible. Un phénomène de corrosion, vraisemblablement imputable en grande partie à l’action des eaux de ruissellement, est par contre à l’origine de l’état de la plupart des couteaux et des pointes de lance dont la lame ne subsiste parfois plus que sous forme de lambeaux.
Dans le catalogue qui suit, les objets sont regroupés par catégories : armes, couteaux, éléments de harnachement, parure et indéterminés. Les dimensions, longueur (L.), largeur maximum et minimum (l. max. et min.), épaisseur (ép.), diamètre maximum extérieur et intérieur à l’ouverture de la douille (diam. ext. et int.), sont données en millimètres. Les numéros d’inventaire renvoient à ceux du registre du musée Gassendi.

 

2.1. Les armes (fig. 3-4)

L’armement se constitue d’un talon et de quinze éléments de pointes de lance en fer, le tout correspondant à un minimum de treize lances, ainsi que de trois fragments de lame d’épées en fer.

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Figure 3 : Les pointes de lance en fer n°1 à 9.
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N°1 (inv. 70.1.6).
Pointe de lance en fer pratiquement complète. Son état de conservation est en tout cas le plus satisfaisant du lot. La partie tranchante d’un des deux ailerons est en partie érodée mais dans l’ensemble les fils sont bien visibles, si bien que la forme originelle de la flamme est aisément restituable. Son profil est régulier et symétrique. La nervure médiane est losangique à angles vifs (l. max. : 10 ; ép. max. : 11) et s’amincit progressivement vers la pointe. Les ailerons se prolongent sur la douille par une petite arête. La douille tronconique, de section circulaire, est percée, à environ 2,7 cm de sa base, de deux trous de fixation diamétralement opposés (diam. : 4).
L. totale : 310 ; L. douille (4) : 65 ; L. lame : 238 ; l. max. restituable : 34 ; diam. ext. : 20 ; diam. int. : 16

N.2 (inv. 70.3.11).
Pointe de lance en fer incomplète. La douille est cassée et les ailerons sont très altérés. Seule la pointe de la lame est bien conservée. La nervure médiane est losangique à angles vifs (l. max. : 11 ; ép. max. : 11) et s’amincit progressivement vers la pointe. La section de la douille au niveau de la jonction avec la flamme est elliptique.
L. totale : 277 ; L. lame : env. 245

N°3 (inv. 70.1.7).
Pointe de lance en fer incomplète. La partie distale de la lame est manquante et les tranchants sont en grande partie corrodés. Le profil de la flamme peut néanmoins être restitué à l’identique du fer n°1. La nervure médiane est losangique à angles vifs (l. max. : 8 ; ép. max. : 11) et s’amincit progressivement vers la pointe. La douille tronconique, qui a subi une légère déformation, est percée à environ 2,2 cm de sa base, de deux trous de fixation diamétralement opposés (diam. : 3). Sa section, d’abord circulaire, devient elliptique puis rhomboïdale au niveau de la jonction avec la lame.
L. totale : 283 ; L. douille : 70 ; l. max. restituable : 34 ; diam. ext. : 22 ; diam. int. : 20 N°4 (inv. 70.1.8).
Pointe de lance en fer incomplète. La partie distale de la lame est manquante et les ailerons sont très altérés. Seul est encore visible le départ de la flamme qui se prolonge sur la douille par une fine arête. La nervure médiane est d’abord octogonale puis losangique à angles vifs (l. max. : 11,5 ; ép. max. : 12). Elle s’amincit progressivement vers la pointe. La douille tronconique, dont la paroi est partiellement détériorée, est percée à environ 2 cm de sa base, de deux trous de fixation diamétralement opposés (diam. : 3). Sa section est circulaire.
L. totale : 292 ; L. douille : 79 ; diam. ext. : 23 ; diam. int. : 19

N°5 (inv. 70.3.9).
Pointe de lance en fer fortement détériorée. Les ailerons sont très endommagés. Les tranchants de la partie proximale et distale demeurent néanmoins bien visibles. La nervure médiane est losangique à angles vifs (l. max. : 10 ; ép. max. : 11) et s’amincit progressivement vers la pointe. La section de la douille, dont manque la partie inférieure, est circulaire puis elliptique au niveau de la jonction avec la flamme.
L. totale : 326 ; L. lame : 280

N°6 (inv. 70.3.10).
Pointe de lance en fer fortement détériorée. Le fil des ailerons est intégralement érodé. La nervure médiane est losangique à angles vifs (l. max. : 10 ; ép. max. : 10) et s’amincit progressivement vers la pointe. La section de la douille, dont manque la partie inférieure, apparaît elliptique au niveau de la jonction avec la flamme.
L. totale : 309 ; L. lame : env. 290

N°7 (inv. 70.3.13).
Pointe de lance en fer fortement détériorée. La douille et l’extrémité distale de la lame sont cassées et les ailerons sont très altérés. La nervure médiane est losangique à angles vifs (l. max. : 11 ; ép. max. : 11) et s’amincit progressivement vers la pointe. La section de la douille au niveau de la jonction avec la flamme est rhomboïdale.
L. totale : 257 ; L. lame : env. 235

N°8 (inv. 70.3.12).
Pointe de lance en fer fortement détériorée. La douille est manquante et les ailerons sont à tel point altérés que seule la nervure subsiste au niveau de la partie distale de la lame. Les tranchants sont néanmoins encore visibles sur quelques centimètres au niveau de la partie proximale. La nervure médiane est losangique à angles vifs et s’amincit progressivement vers la pointe.
L. totale : 246 ; L. lame : env. 235

N.9 (inv. 70.3.8).
Pointe de lance en fer, à douille longue, incomplète. La partie distale de la lame est manquante et les ailerons sont très altérés. Les parties préservées autorisent néanmoins la restitution d’une flamme courte et étroite. La nervure médiane est losangique à angles vifs (l. max. : 7 ; ép. max. : 10). Son rapide amincissement suppose que la longueur de la partie manquante de la flamme ne devait guère excéder 3 à 5 cm. La douille tronconique, fendue sur toute sa longueur, est percée à environ 1,5 cm de sa base, de deux trous de fixation diamétralement opposés (diam. : 3). Sa section, d’abord circulaire, devient octogonale puis losangique au niveau de la jonction avec la lame.
L. totale : 254 ; L. douille : 114 ; diam. ext. : 20 ; diam. int. : 16 ; L. totale estimée : 280-300 ; l. max. estimée : 26

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Figure 4 : Pointes de lance, talon de lance et lames en fer.
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N°10 (perdu).
Pointe de lance en fer à peu près intacte (le dessin fourni ici a été produit à partir d’une photo et d’un croquis annoté de R. Moulin). Les tranchants sont partiellement érodés. La douille tronconique est percée de deux trous de fixation diamétralement opposés. Elle arbore un décor damasquiné dans sa partie inférieure : deux bandes de fils d’argent entrecroisés, larges de 7 et 6 mm, surmontées d’un chevron double d’une hauteur de 12 mm répété sur tout le pourtour. R. Moulin a également repéré « quelques traces de fils dorés sur le bord de la flamme » (Moulin 1981, 27).
L. totale : 279 ; l. max. estimée : env. 40 ; diam. ext. : 20 ; diam. int. : 17

N°11 (perdu).
Pointe de lance en fer de grande dimension dotée d’une longue douille.
L. totale : 460 ; L. douille : 110

N°12 (inv. 70.3.14).
Pointe de lance en fer dont n’est conservé qu’un fragment de lame. La partie distale porte encore des tranchants peu érodés. Le reste est totalement dégradé. La nervure médiane est losangique à angles vifs et s’amincit progressivement vers la pointe.
L. : 191

N°13 (inv. 70.3.16).
Pointe de lance en fer dont ne subsiste qu’une partie de la nervure losangique de la flamme.
L. : 138

N°14 (inv. 70.3.17).
Douille de pointe de lance en fer. Elle est percée à environ 1,65 cm de sa base, de deux trous de fixation diamétralement opposés (diam. : 3). Sa section est circulaire.
L. : 72 ; diam. ext. : 21 ; diam. int. : 18

N°15 (inv. 70.3.18).
Douille de pointe de lance en fer. Elle est percée à environ 2,6 cm de sa base, de deux trous de fixation diamétralement opposés (diam. : 3). Sa section est circulaire.
L. : 59 ; diam. ext. : 21 ; diam. int. : 17

N°16 (inv. 70.1.10).
Talon de lance en fer en forme de douille conique de section circulaire. La partie supérieure est cassée. Un seul trou de fixation est encore visible (diam. : 3).
L. : 77 ; diam. ext. : 13

N°17 (inv. 70.3.19).
Fragment de lame d’épée en fer. La partie distale, dont il manque la pointe, est pliée. L’érosion des fils ne permet pas de restituer la largeur d’origine de cette lame non nervurée, de section rhomboïdale.
L. : 296 ; l. max. : 27 ; ép. : 6,5

N°18 (inv. 70.1.9).
Fragment de lame d’épée en fer. La partie distale, dont il manque la pointe, est pliée. L’érosion des fils ne permet pas de restituer la largeur d’origine de cette lame non nervurée, de section rhomboïdale.
L. : 257 ; l. max. : 24 ; ép. : 6,5

N°19 (inv. 70.3.15).
Fragment de la partie distale d’une lame d’épée en fer qui pourrait fonctionner avec l’un des deux morceaux précédents. La section de la lame effilée est rhomboïdale et la pointe est aiguë. Le reste, très altéré, est partiellement tordu.
L. : 165

 

2.2. Les couteaux (fig. 5-6)

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Figure 5 : Les couteaux en fer n°20 à 24.
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N°20 (inv. 70.1.1).
Couteau à languette et à dos anguleux en fer pratiquement intact. Si la torsion de la lame est ancienne, la cassure est en revanche moderne. Le dos de la lame est droit sur environ un tiers de sa longueur avant de marquer un net infléchissement concave qui se poursuit de manière très atténuée jusqu’à la pointe. Le tranchant, pour l’essentiel préservé, est convexe et régulier. La lame est décorée sur ses deux flancs de trois fines stries parallèles de longueur décroissante, espacées de 2 mm environ. La languette, cassée à son extrémité, est individualisée par un talon ainsi que par deux pièces métalliques, sortes de demi-bagues formant une mitre. Cette languette est transpercée d’un rivet (L. : 15) dans la partie conservée.
L. totale : 461 ; L. lame : 386 ; L. languette (5) : 75 ; l. max. : 53 ; ép. max. dos : 7

N°21 (inv. 70.1.2).
Couteau à languette et à dos droit en fer. La lame, dont la pointe manque, est tordue et voilée. Le tranchant, érodé, est convexe et régulier. La languette, partiellement endommagée, est individualisée par un talon ainsi que par deux demi-bagues. Elle est dotée de trois rivets, dont un cassé et un autre entier encore en place (L. : 14), disposés en triangle.
L. totale : 334 ; L. lame : 289 ; l. max : 43 ; ép. max. dos : 6

N°22 (inv. 70.3.1).
Couteau à languette et à dos droit en fer. La lame, dont l’extrémité manque, est tordue. Le tranchant, dans l’ensemble bien conservé, est convexe et régulier. La languette, en grande partie cassée, est dotée d’un rivet dont il ne reste plus qu’un fragment. Elle est individualisée par deux demi-bagues. Sur l’une d’elles apparaît une petite protubérance circulaire qui pourrait correspondre aux restes d’un rivet de fixation.
L. totale : 374 ; L. lame : 337 ; l. max. : 41 ; ép. max. dos : 6

N°23 (inv. 70.1.3).
Couteau à languette et à dos droit en fer. La lame, légèrement tordue, est entière. Le tranchant, assez peu érodé, est convexe et régulier. La languette, très endommagée, est dotée d’un rivet cassé. Seule une demi-bague est conservée.
L. totale : 310 ; L. lame : 272 ; l. max. : 41 ; ép. max. dos : 5

N°24 (inv. 70.3.2).
Couteau à languette et à dos droit en fer. La lame est voilée et son extrémité distale est manquante. Bien qu’érodé, le tranchant laisse deviner un profil convexe régulier. La languette, à peu près intacte, est individualisée par deux demi-bagues. Elle est dotée de trois rivets, dont deux encore en place (L. : 14 et 12,5), disposés en triangle.
L. totale : 316 ; L. languette : 48 ; l. max. : 37 ; L. estimée : env. 330 ; ép. max. dos : 6

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Figure 6 : Les couteaux en fer n°25 à 31.
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N°25 (inv. 70.3.3).
Couteau à languette et à dos droit en fer, légèrement tordu. Le tranchant, érodé, est convexe et régulier. La languette, partiellement cassée, est individualisée par deux demi-bagues. Elle est dotée de trois rivets, tous encore en place (L. : 13, 10 et 9), disposés en triangle. Il n’est pas tout à fait certain que les deux autres trous visibles, dont l’un présente une forme inhabituellement allongée, aient un quelconque rapport avec le système de fixation du manche. Un petit morceau de bronze informe est fixé à la lame. Sur le flanc opposé, des traces d’argent et de possibles résidus de bronze pourraient correspondre aux vestiges de garnitures d’un fourreau métallique.
L. totale : 292 ; L. lame : 245 ; l. max. : 33 ; ép. max. dos : 6

N°26 (inv. 70.3.4).
Couteau à languette et à dos droit en fer. La partie distale de la lame est cassée. Le tranchant, à peu près intact, est convexe et régulier. La languette est individualisée par une seule demi-bague à laquelle répond un rivet placé au milieu du flanc opposé. Elle est dotée de trois rivets de fixation disposés en triangle, dont deux sont encore en place (L. : 14 et 10,5).
L. totale : 301 ; l. max. : 46 ; ép. max. dos : 7

N°27 (inv. 70.3.5).
Couteau à languette et à dos droit en fer. A l’exception de l’extrémité de la lame, le tranchant est très fortement altéré. Son profil devait très vraisemblablement être convexe et régulier. La languette, dont il manque un fragment, est individualisée par un léger talon et par une seule demi-bague maintenue par un rivet central visible sur le flanc opposé. Un rivet cassé transperce cette languette.
L. totale : 337 ; L. lame : 275 ; L. languette : 62 ; ép. max. dos : 6

N°28 (inv. 70.1.5).
Couteau à languette et à dos droit en fer. Une grande partie de la lame est manquante. Le tranchant convexe est régulier. Le petit fragment de languette conservé est replié. Deux demi-bagues forment la jonction avec la lame.
L. totale : 156 ; l. max. : 38 ; ép. max. dos : 5

N°29 (inv. 70.1.4).
Couteau à languette et à dos droit en fer, présentant une légère torsion. La partie distale de la lame est cassée. Le tranchant, érodé, est convexe et régulier. La languette, intacte, s’individualise par un talon à peine marqué. Elle est dotée de trois rivets alignés, tous encore en place (L. : 13, 12 et 12).
L. totale : 213 ; L. languette : 47 ; l. max. : 32 ; ép. max. dos : 5

N°30 (inv. 70.3.6).
Morceau de lame fortement détérioré d’un couteau à dos droit en fer. Le fil n’est pas du tout conservé.
L. totale : 250 ; l. max. : 34

N°31 (inv. 70.3.7).
Partie distale de la lame d’un couteau à dos droit en fer. Elle est à la fois voilée et légèrement tordue. Le tranchant est convexe et régulier.
L. totale : 209 ; l. max. : 24

 

2.3. Les éléments de harnachement (fig.7)

Les pièces d’harnachement de cheval sont représentées par quatre mors en fer et deux phalères en bronze.

N°32 (inv. 70.3.21).
Mors articulé en fer constitué de deux tiges de section sub-circulaire (diam. ext. œillets : 28) et de deux anneaux circulaires latéraux de section elliptique (diam. ext. : 38 et 39). Un œillet prolongé d’une tige de section quadrangulaire est fixé à l’un des anneaux.
L. totale (6) : env. 216 ; L. canon : env. 139

N°33 (inv. 70.3.22).
Mors articulé en fer incomplet. Les éléments latéraux sont manquants. Il ne reste que le canon constitué de deux tiges à renflement central de section elliptique. Les œillets sont tous de même diamètre (diam. ext. : env. 23).
L. totale : env. 128

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Figure 7 :Mors, phalères, ceinture et objets indéterminés (n°32-35, 42 : fer ; n°36-41 : bronze). (cliquer sur l'image pour l'agrandir)

N°34 (inv. 70.1.11).
Mors articulé en fer incomplet. Les éléments latéraux sont manquants. Il ne reste que le canon constitué de deux tiges épaisses de section elliptique. Le diamètre extérieur des œillets centraux est légèrement plus grand que celui des œillets latéraux (32 mm contre 29 mm).
L. totale : env. 139

N°35 (inv. 70.1.12).
Mors articulé en fer constitué de deux tiges massives, prolongées d’un côté par un anneau de guide et de l’autre par un crochet. La section des tiges est sub-quadrangulaire à angles arrondis. L’une d’elles porte sur chaque face une rainure longitudinale. L’anneau circulaire (diam. ext. : 31) est soudé par la corrosion à l’œillet latéral. La tête du crochet est de profil ovalaire et de section lenticulaire.
L. totale : env. 190 ; L. canon : env. 123

N°36 (inv. 70.3.24).
Phalère en bronze endommagée, percée en son centre d’un orifice circulaire de 7 mm de diamètre. Des traces concentriques sont nettement visibles. Sur l’une des faces apparaît autour du trou de fixation une empreinte circulaire (diam. : env. 15).
diam. : 101 ; ép. : 1

N°37 (inv. 70.1.13).
Phalère en bronze endommagée, percée en son centre d’un orifice circulaire de 7 mm de diamètre. Le rivet de fixation, de section polygonale et aux extrémités matées, est encore en place (L. : 7). Il maintient au recto une fine plaquette quadrangulaire, à bords concaves, décorée d’un mince liseré.
diam. : 99 ; ép. : 1

 

2.4. La parure (fig.7)

N°38 (inv. 70.3.23).
Plaque de ceinture en tôle de bronze (7). Une des extrémités est manquante. La fine tôle a par ailleurs subi plusieurs détériorations. Les bordures sont percées à intervalles réguliers (environ tous les centimètres), de trous d’un diamètre moyen de 2 mm qui assuraient la fixation sur un support vraisemblablement de cuir. L’extrémité conservée est garnie d’une pièce de bronze en forme de gouttière (L. : 45 ; l. : 5 ; ép. max. : 1,5), maintenue par deux rivets également en bronze qui complétaient latéralement la fixation. La plaque porte un décor géométrique réalisé au repoussé. Le motif central est composé de petits points formant des losanges inscrits dans une bordure. De part et d’autre s’organise une ligne d’oves d’un diamètre moyen de 2 mm. Des perles de même acabit dessinent trois rangées parallèles à la gouttière. L’ensemble est encadré part et d’autre d’une double ligne de petits points.
L. : 237 ; l. : 53 ; ép. : 0,2-0,5

 

2.5. Indéterminés (fig.7)

N°39 (inv. 70.1.14).
Fragment de bronze, au profil arrondi, présentant un bord légèrement fléchi, souligné de petits trous (diam. : 1,5-2 mm) dont l’alignement n’est pas parfait et dont l’implantation suit un intervalle peu régulier (espacement inférieur à 1 cm). L’épaisseur relativement importante et surtout la courbure du profil permettent d’écarter l’hypothèse d’une cnémide. Il pourrait par contre s’agir d’un fragment de cuirasse.
L. : 53 ; ép. : 1-1,2

N°40 (inv. 70.3.25 ; 70.1.15).
Deux fragments de tôle de bronze d’une épaisseur moyenne de 0,5 mm, percés chacun d’un trou circulaire de 3 mm de diamètre. Le bombement observé sur l’un d’eux ne paraît pas accidentel. Il pourrait s’agir d’éléments de protection corporelle (cnémide, cuirasse).

N°41 (inv. 70.1.16).
Petit fragment de bronze, non identifiable, présentant un bord au profil arrondi.
ép. : env. 1

N°42 (inv. 70.3.20).
Objet formé d’une partie centrale pleine de section carrée à arêtes vives mais aux angles usés, d’une longueur de 114 mm, qui se prolonge d’un côté par une soie légèrement courbée, de section rectangulaire et à l’extrémité biseautée. De l’autre côté se distingue l’amorce d’un prolongement similaire. Il pourrait s’agir d’une poignée d’un objet pour le moment non identifié. Un demi-produit n’est pas non plus exclu.
L. totale : 137 ; l. max. : 17 ; poids : env. 155 g.

 

3. Etude typo-chronologique

3.1. Les pointes de lance

Elles représentent un lot très homogène caractérisé par une flamme élancée de forme ogivale à carène moyenne, d’une épaisseur moyenne de 2 mm, renforcée tout le long par une nervure saillante losangique à arêtes rectilignes et angles vifs. La douille est percée dans sa partie inférieure de deux trous de fixation strictement alignés, d’un diamètre constant de 3 ou 4 mm. Son ouverture intérieure maximale varie de 1,6 à 2 cm.
De cet ensemble assez mal conservé, deux types peuvent être isolés sur la base du rapport entretenu entre la longueur de la douille et celle de la flamme. Le premier est de loin le plus répandu. Il regroupe les pointes de lance dont la douille ne dépasse pas le quart de la longueur totale (n°1, 3, 4 et 10). Celle-ci gravite autour de 30 cm, tandis que l’envergure maximale de la lame atteint en moyenne 3,4 cm avec un maximum à 4 cm. Le fer de lance incomplet n°9 constitue quant à lui l’unique spécimen indubitablement attribuable au second type, défini par une douille de longueur sensiblement équivalente à celle de la lame. Cette morphologie caractérise sans doute plus volontiers une arme de jet qu’une arme destinée au combat rapproché.
Ces deux modèles d’armature apparaissent l’un et l’autre, aux côtés également de petits talons coniques, dans l’aven sépulcral de Plérimond à Aups dans le Var, daté du VIe s. av. n. ère. C’est dans ce gisement uniquement que proviennent d’ailleurs les seuls exemplaires connus correspondant véritablement en tout point avec le type à lame longue d’Auzet (Boyer et al. 2006, fig.10, n°10, 11 ; fig.11, n°14). Les proportions et le profil y sont les mêmes, ainsi que la section losangique de la nervure médiane. On retrouve aussi sur certains l’arête formée par le prolongement des ailerons sur la douille. L’une des pointes est en outre parée d’un décor damasquiné d’argent dont la similitude avec celui d’Auzet est pour le moins saisissante. Couvrant le tiers inférieur de la douille, il se compose en effet là aussi de chevrons et de bandeaux de guillochis (fig.8).

Figure 8 : Détail du décor damasquiné en argent des pointes de lance d’Auzet et de l’aven de Plérimond à Aups (Aups : d’après Boyer et al. 2006).

La technique décorative du damasquinage comporte des innovations qui ne sont pas dénuées d’intérêt chronologique. Elle connaît ainsi en Europe occidentale un certain engouement à partir du début du VIe s. av. n. ère avec la diffusion des épées à antennes en fer. Le Sud de la France, notamment le Languedoc et la région Midi-Pyrénées (Pajot, Rancoule 1978 ; Pajot 1978), est particulièrement bien concerné par ce phénomène. Il s’agit alors toutefois de décors réalisés exclusivement au fil de bronze. L’usage de l’argent sur l’armement du premier âge du Fer est en revanche beaucoup plus rare. A cette période, il n’est en effet avéré que sur la pointe de lance précitée de l’aven de Plérimond. Une épée en fer apparemment incrustée de ce métal provient de la nécropole de Saint-Julien à Pézenas dans l’Hérault (Giry 1965, 124). Trouvée hors contexte, elle est assimilée aux premières épées à poignée pseudo-anthropoïde nord-italiennes du deuxième quart du Ve s. av. n. ère (Jully 1967, 204). Dans la Péninsule ibérique, sur les onze pointes de lance damasquinées d’argent répertoriées par F. Quesada Sanz pour tout l’âge du Fer, seules deux disposent d’un contexte sûr : la tombe 217 de Cigarralejo (Mula, Murcie) et la tombe 5a de La Serreta (Alcoy, Valence), datables l’une et l’autre de la première moitié du IVe s. av. n. ère (Quesada 1997, 422). L’emploi du damasquinage d’argent sur les pointes de lance provençales d’Auzet et d’Aups est donc à ce jour l’un des plus anciens sûrement attestés.

 

3.2. Les épées

Les trois morceaux de lames en fer, de section rhomboïdale, correspondent au moins à deux individus. En dépit de l’usure subie, il semble que leur largeur initiale n’ait guère dépassé 3 cm et que les tranchants soient droits. La banalité de la forme conjuguée à l’absence d’éléments de poignée ne permet pas de préciser le type d’épée auquel appartiennent ces lames à pointe fuselée d’une longueur estimée largement supérieure à 40 cm. Néanmoins, leur forme effilée et leurs caractéristiques générales s’apparentent plutôt aux armes produites à la fin du premier âge du Fer. Des rapprochements peuvent ainsi être effectués avec les épées à antennes à lame droite développées à partir du milieu du VIe s. av. n. ère, avec les épées à poignée pseudo-antropoïdes déjà signalées ou encore avec les épées à sphères fabriquées dès la fin du VIe s. av. n. ère et dont plusieurs exemplaires ont été retrouvés dans l’Aude au Cayla de Mailhac (Taffanel 1967 ; Taffanel 1980).

 

3.3. Les couteaux

A l’instar des pointes de lance, la série de couteaux en fer déposée à Auzet présente une très grande homogénéité. A une exception près, toutes les pièces dépassent les 30 cm. Le dos, d’une épaisseur moyenne de 6 mm, est plat et le tranchant est convexe et régulier. L’emmanchement est systématiquement réalisé au moyen d’une languette sans épaulement mais munie parfois d’un léger talon. Sa jonction avec la lame est généralement matérialisée par deux demi-bagues pleines rivées ensemble et formant un renflement. Cette sorte de mitre bloquait sans enserrer les deux parties organiques de la poignée, fixées par des rivets alignés dans l’axe longitudinal de la languette ou implantés en triangle.
Ces couteaux se déclinent en deux types selon le profil du dos. La quasi-totalité du lot est représentée par des lames à dos droit dont la longueur varie de 25 à 34 cm, pour une largeur maximale moyenne d’environ 4 cm. Un exemplaire (n°29), plus petit, se singularise néanmoins par l’absence de demi-bagues. Le type à dos anguleux ne compte pour sa part qu’un seul exemplaire (n°20). Il se distingue des précédents par un talon concave bien souligné et par une lame imposante de près de 40 cm, la seule de l’ensemble à être au demeurant le support d’un décor incisé.
On ne connaît pas d’équivalent pour ce coutelas. Les diverses lames recensées pouvant s’en rapprocher, toutes largement plus petites, proposent en effet un dos avec un angle très souvent plus prononcé et un tranchant irrégulier généralement concave puis convexe. La tombe 43 de la nécropole de Las Peyros à Couffoulens (Aude), située entre 575-525 av. n. ère, livre en revanche un couteau à languette et avec demi-bagues parfaitement similaire au type à dos droit d’Auzet (Passelac et al. 1981, 5). Ses dimensions sont toutefois plus modestes (L. totale : 25 cm ; L. lame : env. 19 cm), ce qui n’est pas le cas de l’intéressant exemplaire provenant de la tombe 1 du Gros Ped sur la commune des Arcs dans le Var, datée du VIe s. av. n. ère (Bérato et al. 1991, 133). D’une longueur conservée de 37 cm et d’une largeur maximale de 4,3 cm, il présente un dos rectiligne ainsi qu’une languette percée de trois rivets non alignés et individualisée par une ébauche de talon. La mise en œuvre technologique de la mitre est par contre singulière puisqu’elle apparaît exécutée à partir de deux éléments solidaires du dos, rabattus sur deux tôles en cuivre plaquées sur la languette. Les demi-bagues n’apportent quant à elles pas de réelles précisions chronologiques. Elles sont fréquentes dans le Sud de la France au sein des nécropoles languedociennes et du bassin aquitain, à partir du VIIe s. av. n. ère dans la nécropole du Peyrou à Agde (Nickels et al. 1989, 167, fig.107), jusqu’au terme du premier âge du Fer dans les tumulus L.10 et L.17 d’Ossun (Mohen 1980, pl.49).
Les couteaux d’Auzet se distinguent de leurs nombreux homologues du premier âge du Fer mis au jour dans le Sud de la France par leurs dimensions tout à fait remarquables. A titre d’exemple, le plus grand couteau issu de la nécropole du Peyrou à Agde (tombe 202) ne mesure au total qu’à peine plus de 21 cm, ce qui ne l’empêche pas d’ailleurs d’être considéré comme une arme à part entière (Nickels et al. 1989). Il est en effet assez communément convenu d’assimiler à des armes les couteaux pourvus d’une longueur de lame jugée supérieure à la moyenne. On peut effectivement s’interroger sur la destination martiale du coutelas à dos anguleux présent à Auzet, qui s’avère, avec son demi mètre, plus long que certains poignards à antennes et pas moins grand que les falcatas les plus courtes (Quesada 1997, 85). Pour les couteaux à dos droits, moins imposants, le critère dimensionnel ne suffit cependant pas à lui seul à légitimer et à valider l’interprétation d’armes de guerre. Avant toute détermination, il est en effet nécessaire de soumettre l’ensemble des propriétés morphologiques de l’objet au crible de l’analyse fonctionnelle. Or à Auzet, l’atrophie des languettes apparaît inadéquate dans le cadre d’un maniement strictement de taille, utilisation normalement prévue et attendue lorsque l’on dote une arme d’un tranchant unique. La violence du choc provoquée par ce type de coup nécessite en effet de prévoir un système d’emmanchement suffisamment résistant pour prévenir toute rupture au niveau de cette zone particulièrement fragile. C’est du reste pour répondre à ce souci pratique que l’âme de la poignée des falcatas ibériques ou des machaira gréco-italiques, que l’on peut identifier à de véritables sabres, est étirée au maximum. La longueur pour le moins inhabituelle des couteaux à dos droit d’Auzet ne doit donc pas entraîner de conclusions trop hâtives et exclusives qui occulteraient l’aspect multifonctionnel de ces objets. De tels instruments sont potentiellement adaptés à toutes sortes de tâches envisageables (domestiques, cynégétiques, sacrificielles, etc.) et peuvent également à ce titre très bien être occasionnellement intégrés à la panoplie guerrière.

 

3.4. Les pièces de harnachement

Les quatre éléments de harnachement en fer correspondent tous à des mors de filet. Ce type se compose par définition d’un canon brisé à deux tiges articulées et de deux anneaux circulaires latéraux porte-rênes. Les mors de filet, dont l’usage a perduré sans discontinuité jusqu’à nos jours, apparaissent dès le tout début du premier âge du Fer (VIIIe-VIIe s.) en Allemagne du sud et en Europe centre-orientale (Kossack 1954). Assez peu communs en Méditerranée nord-occidentale, ils sont néanmoins précocement attestés au VIIe s. av. n. ère dans deux sépultures de la nécropole languedocienne du Grand Bassin I à Mailhac (Taffanel 1962). Quatre exemplaires semblables, à peu près contemporains, ont été découverts dans la nécropole catalane de La Pedrera à Vallfogona de Balaguer (Garcés 2002). Plus près d’Auzet, en Provence, au moins trois mors articulés proviennent de l’aven de Plérimond (Boyer et al. 2006, 194-195). Leurs dimensions et la morphologie des tiges avec renflement central sont similaires à ceux de notre dépôt. On y trouve également des crochets qui permettaient de détacher plus aisément la rêne et de régler sa longueur. Un dispositif analogue se rencontre sur le mors à branches en U de la tombe à char n°3 de Grosseibstadt en Bavière, datée du deuxième quart du VIIe s. av. n. ère (Kossack 1970, pl.53-54 et tableau 1).
Les deux phalères en bronze, de forme très sommaire, n’apportent aucune information chronologique fiable. Il s’agit de disques plats non décorés, d’environ 1 mm d’épaisseur et d’un diamètre d’une dizaine de centimètres, réalisés par martelage. Ces phalères sont percées en leur centre d’un trou circulaire de 7 mm de diamètre. Elles étaient selon toute apparence rivetées directement à la courroie par une tige polygonale en bronze matée à ses extrémités et renforcée par une contreplaque finement décorée. Un ensemble de disques au format très voisin provient d’une sépulture de cavalier à Lafrançaise en Tarn-et-Garonne, datée de la fin du Ve ou du début du IVe s. av. n. ère (Boudet 1990, 36-38, fig.3, 4 et 6). Les uns ont un diamètre de 10,5 cm avec une perforation centrale ovalaire de 9 mm, les autres un diamètre de 12 cm avec un orifice circulaire de 5 mm. Leur assujettissement était visiblement assuré par un tenon coiffé d’un petit cône. Un système de fixation en revanche parfaitement comparable à celui d’Auzet est observable sur les fines phalères d’environ 12 cm de diamètre déposées à Verucchio en Emilie-Romagne dans la fastueuse tombe n°89 de la nécropole villanovienne de La Rocca (Gentili 2003, 28-29, pl.159).

 

3.5. La plaque de ceinture

Elle appartient à la lignée des ceintures à plaque de bronze unie qui font leur apparition au Hallstatt D1 dans la zone nord-alpine, de l’Allemagne du sud (Esse, Thuringe, Bavière), à l’Autriche, en passant par les plateaux suisses et la Franche-Comté, jusqu’en Bourgogne et en Haute-Savoie. Ce type de parure est en vogue du début à la fin du Hallstatt D, qui recouvre le VIe s. et le début du Ve s. av. n. ère. L’exemplaire d’Auzet, le plus méridional connu à ce jour (8), ne s’inscrit pas dans la classification de I. Kilian-Dirlmeier fondée sur les types de décors (Kilian-Dirlmeier 1972). La sobriété du style ornemental présente néanmoins quelques affinités avec deux fragments de plaques de la nécropole de Hallstatt, dont la fixation sur le support en cuir était également assurée par une série de perforations disposées sur les grands côtés (Kilian-Dirlmeier 1972, pl.49, n°653 et 654). Ce mode d’assujettissement est très peu fréquent et n’est ordinairement jamais associé au rivetage latéral avec gouttière. La plaque de ceinture d’Auzet se distingue en outre par ses faibles dimensions. Sa hauteur, qui atteint à peine 5 cm, est ainsi deux fois moindre que celle généralement observée. Cette particularité supplémentaire pourrait suggérer une réinterprétation locale de ce modèle de parure.

 

3.6. Datation du gisement

La plaque de ceinture, les mors de chevaux, les couteaux et les pointes de lance, toutes les pièces réunies au sein de ce gisement, renvoient invariablement au VIe s. av. n. ère. Cet ensemble d’objets visiblement synchrones plaide donc en faveur d’un dépôt composé en une seule fois. La morphologie des lames d’épées ainsi que la mise en œuvre du damasquinage d’argent, l’une des plus précoces attestées dans le domaine occidental européen, permettent d’être un peu plus précis sur la chronologie et de proposer pour la constitution du lot une date située vers le milieu ou dans le courant de la seconde moitié du VIe s.

 

4. Interprétation et mise en perspective

Plusieurs éléments vont dans le sens d’une interprétation cultuelle ou votive du dépôt d’Auzet. L’état du mobilier, qui a subi pour l’essentiel des dégradations irréversibles antérieures à la déposition elle-même, exclu d’entrée l’idée d’une dissimulation temporaire de biens fonctionnels en prévision d’une récupération postérieure. A une ou deux exceptions près, aucun des objets n’a été en effet déposé intact. Près de la moitié des fers de lance ont été brisés au niveau de la jonction entre la flamme et la douille. Les rivets de fixation n’ont par ailleurs pas été retrouvés, ce qui implique un démontage préalable des hampes (mais les conditions de récolte peuvent aussi expliquer cette absence). Les lames d’épée ont été morcelées et ployées. Les couteaux sont plus ou moins tordus, voire dans quelques cas vrillés. Sur certains, manque une des deux demi-bagues formant la mitre. La plaque de ceinture a été cassée et légèrement déformée. Nous avons vu par ailleurs que deux des mors sont incomplets. Quant à l’état fragmentaire des phalères en bronze, il peut difficilement être accidentel et encore moins être imputable à une érosion naturelle.
L’intentionnalité de ces détériorations ne fait ainsi pour la grande majorité nul doute, notamment les ploiements des lames qui renvoient à des pratiques très couramment observées durant l’âge du Fer en contexte funéraire ou cultuel. L’hypothèse d’un simple stock métallique destiné à la récupération semble devoir être ainsi évacuée, la nature des manipulations pratiquées sur les pièces évoquant assez nettement une dynamique rituelle. L’homogénéité et le petit nombre des catégories fonctionnelles représentées permettent par ailleurs d’écarter l’idée d’un regroupement aléatoire d’objets disparates.
Sur le plan de l’assemblage, la prééminence des armes (lances, épées, voire les éventuels éléments de cuirasse), auxquelles s’ajoutent les pièces de harnachement de cheval et les coutelas, confère à ce gisement une indéniable connotation guerrière. Il est même possible, vu la distribution quasi-équivalente de couteaux et de pointes de lance, de reconnaître dans cette réunion d’objets métalliques, qui paraît donc répondre à une certaine logique, une série de panoplies individuelles masculines. En se fondant sur un équipement personnel standard composé d’un coutelas et d’une ou deux lances, un minimum de douze panoplies est ainsi comptabilisable d’après les NMI établis pour les catégories d’objets identifiés (fig.2). La ceinture ne constitue pas en soi un élément discriminant puisqu’elle peut être tout aussi bien portée par les hommes que par les femmes (Kilian-Dirlmeier 1972, 124-126).
Abordée par le biais de cette lecture compartimentée et étant donné la place dominante de l’armement, l’hypothèse soulevée par D. Garcia d’un trophée commémorant une bataille s’avère relativement séduisante (Garcia 1997, 60), et ce bien que les occurrences de dépôts terrestres non funéraires et hors habitat, dont la genèse résulte d’un épisode guerrier reconnu ou présumé, fassent totalement défaut en Gaule pour la fin du premier âge du Fer. L’ensevelissement des objets, de même que l’extrême isolement et la difficulté d’accès à ce lieu reculé, peu favorable à l’occupation humaine, posent néanmoins problème. En effet, un trophée, même s’il constitue avant tout une dédicace à la divinité, se conçoit également comme une exposition permanente ou temporaire des marques tangibles de la victoire aux yeux des hommes. Il implique par définition une certaine visibilité, notion qui n’est manifestement pas respectée ici.
Le caractère votif de ce dépôt n’est pourtant pas à remettre en cause et cela ne veut pas dire forcément non plus qu’il faille minimiser l’importance de sa composante guerrière. Celle-ci est d’autant plus à souligner qu’elle trouve des résonances avec le climat qui s’instaure dans le Midi de la France au cours du VIe s. av. n. ère. On assiste en effet à cette période au renouveau des habitats de hauteur et à l’émergence de sites fortifiés. Parallèlement, les armes font une apparition massive en milieu sépulcral. En Languedoc occidental, région dans laquelle la documentation funéraire est particulièrement abondante, plus d’un tiers des sépultures est concerné par cet événement majeur interprété tantôt comme l’émanation de rivalités internes au monde indigène (Nickels 1990, 25), tantôt comme le résultat d’un sentiment général d’insécurité engendré par la fréquentation de plus en plus insistante du littoral par les navigateurs méditerranéens et dont l’aboutissement fut la fondation phocéenne de Marseille (Louis, Taffanel 1960, 401 ; Nickels 1983, 416). Cette augmentation des tombes à armes est également visible en Provence avec entre autres le tumulus 5 de l’Agnel à Pertuis dans le Vaucluse (Bouloumié 1978, 226-232), les tumulus 5 et 9 à Chabestan dans les Hautes-Alpes (Courtois, Wuillaume 1991, 160-168) ou encore dans le Var, le tertre 1 de Lambruisse à Rians (Bouloumié 1990) et surtout l’aven de Plérimond à Aups. Ce gisement souterrain unique en son genre, abritant les inhumations de près d’une soixantaine de jeunes individus ainsi qu’une grande quantité d’armes, serait à comprendre, d’après les auteurs de sa publication, comme une nécropole d’urgence mise en place à la suite d’un fait de guerre (Boyer et al. 2006, 206).
C’est également au VIe s. av. n. ère qu’est constitué le dépôt d’armes de Roquefort-les-Pins dans les Alpes-Maritimes. Toutes proportions gardées, un rapprochement peut être établi avec celui, contemporain, d’Auzet. Beaucoup plus modeste, il correspond sans équivoque possible à l’équipement d’un guerrier. Il se compose d’une paire de cnémides en bronze mutilées par perforations, d’une armature de lance en fer de section losangique et d’un bracelet en bronze. Les pièces furent par ailleurs retrouvées enterrées au pied d’un rocher, à proximité là aussi d’une rivière, non loin d’une source pérenne, dans un endroit sauvage réputé d’accès dangereux (Goby 1930 ; Dehn 1988, 176-178).
Ce type de contexte apparaît, dans les Alpes du Sud, comme un lieu de déposition privilégié. Plusieurs dépôts datés de la fin du Bronze Final ou du début de l’âge du Fer ont été ainsi enfouis aux environs immédiats de sources et de rivières. C’est par exemple le cas à Moriez, une commune des Alpes-de-Haute-Provence située à un peu moins de vingt-cinq kilomètres au sud-est de Digne, où plus d’une centaine d’objets métalliques ont été rassemblés à proximité d’une source (Barge 2004). Dans les Hautes-Alpes, le dépôt de bronzes de Ribiers, les deux de Champ Colombe à Réallon, et celui de Bois-Vert à La Fare-en-Champsaur, ont été également retrouvés sur les berges de ruisseaux ou de torrents (Haussmann 1997 ; Müller 1991 ; Garcia 2003). Qu’il s’agisse ou non d’offrandes liées de près ou de loin à un culte des eaux, l’implantation récurrente des dépôts dans de tels environnements ne procède certainement pas du hasard.
Nombreux au Bronze Final III, les dépôts d’objets métalliques en milieu alpin perdurent au second âge du Fer comme en témoigne celui de Roussier (La Motte-en-Champsaur, Hautes-Alpes), daté du La Tène ancienne et qui comprend de nombreux éléments de parure en bronze ainsi que quatorze objets en fer, dont une louche à manche torsadé sans équivalent dans le Midi de la France (Barge, Borel 2007). Dans ces gisements, l’armement est absent ou ne tient au mieux qu’une place très ténue. Malgré son caractère éminemment original, c’est dans ce courant général de déposition (indépendamment des différentes significations que ce phénomène peut recouvrir) que s’inscrit le dépôt complexe d’Auzet. Il ne trouve au demeurant, en terme d’assemblage et par rapport à la quantité d’objets en fer présents, aucun parallèle au VIe s. av. n. ère en Europe tempérée qui, il est vrai, n'a livré pour le premier âge du Fer que de très rares dépôts terrestres métalliques (Verger 1992, 140).
Au-delà du sens qui peut lui être prêté, l’ensemble de pièces regroupées à Auzet comble le vide archéologique existant dans cette zone des Préalpes duranciennes relativement mal documentée pour la Protohistoire, les plus proches gisements du début de l’âge du Fer se concentrant en effet, pour les principaux, le long des axes fluviaux, dans la vallée du Buëch (Chabestan, Serres, Aspres) et dans celle de la Durance (Ventavon, Avançon), et relevant pour l’essentiel du domaine funéraire (Mahieu, Boisseau 2000). Formant avec l’aven de Plérimond, dont le mobilier est typologiquement très proche, l’une des deux plus importantes collections d’objets métalliques du VIe s. en Provence orientale, il contribue en outre à enrichir sensiblement nos connaissances sur la culture matérielle des populations de cette région du Midi de la France.