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Pour citer cet article :
LAGARDE C., Archéologie spatiale des sites préromains en Languedoc central : d'Agathè à Luteva, Espaces, techniques et sociétés de la Préhistoire au Moyen-Age : travaux en cours, Actes de la première table ronde des jeunes chercheurs en archéologie de la MMSH, Aix-en-Provence, 18 mai 2006, A. Coudenneau et T. Lachenal (dir.), http://www.mmsh.univ-aix.fr/ecoledoctorale/trjca/alagarde.htm

 

 

 

Archéologie spatiale des sites préromains en Languedoc central : d'Agathè à Luteva

Célia LAGARDE *

*Doctorante, Centre Camille Jullian

Mots-clés : Archéologie spatiale, Languedoc central, dynamique et hiérarchisation territoriale, SIG, Base de Données, accessibilité pédestre, chemins théoriques.

 

1. Rappel historiographique

1.1. L'occupation du sol à travers les âges

Les six siècles précédant la conquête romaine voient s'opérer un processus de sédentarisation dont le rythme et les modalités restent discutés. Entre le VIIIe et le IIe s. av. J.-C., le passage d'un habitat épars et mouvant à un habitat fixe et groupé fut tout, sauf linéaire et mécanique. Dès la fin de l'Age du Bronze, établissements dispersés et villages coexistent selon une répartition spatiale et des interactions mal cernées à ce jour, faute de prospections systématiques suffisamment amples et de fouilles de plus petits établissements, dont on a longtemps sous-estimé l'existence. Ainsi, les réseaux locaux échappent à l'analyse : on se trouve réduit à quelques approximations sur l'appropriation du territoire. Cette organisation territoriale, pour ce que l'on en perçoit par les fouilles d'habitats, demeure proto-urbaine. Parler de « réseau », même spontané, est encore difficile dans la mesure où l'on ignore à peu près tout du réseau local de l'habitat : c'est certainement là que s'ouvrent les pistes de recherche les plus prometteuses, qui consisteraient à retrouver les établissements de petite taille susceptibles de former des réseaux locaux, et ensuite de pratiquer des fouilles afin de caractériser les différents niveaux hiérarchiques. En particulier, il demeure difficile de cerner la nature et le sens des relations entre l'habitat groupé, perché ou non, et les établissements épars dont on commence à cerner la distribution. On se trouve ainsi en peine de replacer les différents maillons et de caractériser une dynamique. Doit-on alors parler de « fronts pionniers » qui marqueraient l'extension de la mise en valeur? Cela reste à apprécier en fonction de la nature des installations, habitats ou équipements, et plus encore de leur durée d'occupation. Cela nous échappe pour l'instant, ce qui rend l'analyse incertaine.

Si la notion de réseau reste discutable, car elle impliquerait une hiérarchie et des interactions spatiales que l'on ne perçoit pas nettement, on peut au moins parler de semis en considérant la distribution clairsemée des habitats groupés, qui suggère une polarisation du territoire autour de centres ruraux. Mais quels centres, précisément ? La notion d'une « civilisation des oppida » habituellement appliquée à cette période, exprime l'idée d'une domination territoriale de l'agglomération. La multiplication des découvertes d'établissements épars ne remet pas en cause ce modèle mais elle en révèle les zones d'ombre. Pour qu'un centre émerge, il faut une périphérie, mais ce réseau local qui supporterait la croissance de l'oppidum reste insaisissable.

 

1.2. Les échanges, facteurs de hiérarchisation territoriale

Le problème paraît d'autant plus complexe que, simultanément à ce processus de regroupement-sédentarisation joue un autre paramètre celui des contacts méditerranéens. Qu'il s'agisse de la création de comptoirs grecs, Marseille d'abord, Agde plus tard, ou encore de l'essor de centres indigènes, ce second phénomène est clairement identifié comme un processus commercial et maritime. Ces contacts introduisent dès la fin du VIe s. un fort stimulus externe, cause d'une première hiérarchisation du peuplement. Leur localisation sur les voies du commerce et par leur position au centre des échanges régionaux, les pôles littoraux deviennent pour la plupart des « centres urbains ». Les oppida, parfois qualifiés « d'agglomérations secondaires », occupent un second niveau hiérarchique, à l'intérieur des terres. Enfin, plus loin encore de la côte apparaissent des centres plus modestes, « agglomérations villageoises » des piémonts du Massif Central (Garcia 2000, 28). Cet étagement dans le degré d'urbanisation, selon des auréoles épousant le relief, demeure mal expliqué. Ces contrastes traduisent-ils une gradation démographique, la population se raréfiant lorsque l'on s'éloigne de la côte, ou au contraire des modes distincts de diffusion spatiale, le peuplement demeurant moins groupé loin de la mer, ou encore des décalages temporels du processus urbain ? A moins de supposer la génération spontanée ou l'immigration en masse de la population « proto-urbaine », on ne peut répondre à cette question sans une connaissance précise de l'assise inférieure, où l'on se retrouve confronté à l'étude du réseau local sans lequel l'existence de l'habitat groupé n'est guère concevable. On sait bien en réalité, mais dans quelques cas seulement, comme Lattes ou Agde, qu'un habitat dispersé ou faiblement polarisé a précédé et accompagné l'émergence de la ville. A l'évidence, le processus d'urbanisation n'est pas partout aussi net ni aussi avancé que sur le littoral, sans que cela soit toujours un fait démographique. Question fondamentale en regard de l'urbanisation qui, particulièrement active sur le littoral, zone des stimuli externes, apparaît comme un phénomène de type commercial.

L'étude de l'habitat au premier âge du Fer dénote effectivement un système de peuplement caractéristique d'une phase de contacts coloniaux, marqués par un fort contraste entre les réseaux indigènes d'une part, et les établissements littoraux d'autre part, en contact avec le monde méditerranéen. Cette distinction est essentiellement sensible à travers la diffusion des produits commerciaux, les réseaux locaux, plus ou moins polarisés autour des oppida, recevant des produits méditerranéens, vaisselle, vin, en proportion nettement inférieure à celle que l'on connaît sur les établissements littoraux (Bats 1992).

Les réseaux « indigènes » apparaissent comme autant d'entités autonomes, faiblement connectées entre elles et plus tournées vers l'échange méditerranéen. Les comptoirs « coloniaux » se trouvent de la sorte en situation d'imposer leur pouvoir économique à une société peu hiérarchisée. Cela expliquerait la modestie du cadre de vie observé sur les oppida.

A la fin du premier âge du Fer, le peuplement en resterait en somme aux prémices du processus urbain dont tous les ingrédients se trouveraient en présence mais ne joueraient pas encore en faveur d'une hiérarchisation. Le système de peuplement en resterait à un état de « juxtaposition horizontale » caractéristique d'une faible densité humaine, où ne s'exprime aucune concurrence entre les pôles locaux.

Se dessine ainsi, à la fin du premier âge du Fer un réseau « jeune », selon la caractéristique dégagée par les géographes : une trame irrégulière dominée par de forts points d'accès côtiers, s'opposant à de petits centres proto-urbains dans l'arrière-pays – généralement exprimée par l'allemand hinterland – dans le raisonnement des protohistoriens sur la différenciation spatiale, exprime bien ce contraste entre un avant-pays hypertrophié et un arrière-pays dépendant, au moins pour ses entrées et ses sorties commerciales. La dualité contrastée entre un avant et un arrière-pays constitue le caractère principal de cette première forme du système de peuplement : un réseau « colonial ». Domination et dépendance ne sont assurées que dans la sphère commerciale, la seule palpable pour l'archéologue, mais il est possible que d'autres liens se créent et s'étagent, peut-être jusqu'à des formes politiques qui nous échappent.

 

1.3. Un contexte géographique qui participe à l'organisation de réseaux contrastés

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Figure 1 : Présentation du territoire d'étude (cliquer sur l'image pour l'agrandir).

L'analyse des données générales disponibles et leur mise en perspective semblent bien indiquer en effet l'importance stratégique de la vallée de l'Hérault et de ses marges. Entre Rhône et Aude, cette zone constituait en effet pour les peuples indépendants du sud du Massif Central, un axe de pénétration essentiel en direction de la plaine languedocienne. Limitrophe de la zone minière de Cabrières, elle-même en contact direct avec les districts miniers de la haute vallée de l'Orb et du Lodévois, cette région constituait aussi un débouché de premier plan et un axe de passage Sud/Nord incontournable pour les produits italiques, transitant par Agde.

 

 

L'apparition, dans le courant du IIe s. av. J.-C., d'agglomérations de plaine constituant manifestement des places d'échanges ouvertes est bien là pour montrer la précocité de ce processus et ne trouve de parallèle, en Languedoc, que dans la vallée de l'Aude. Dès lors, il n'est pas étonnant que cette partie de la province ait pu bénéficier, à date haute, d'avantages multiples procurés par le pouvoir romain. Même lorsqu'Octave fonde la colonie romaine de Béziers en 36 av. J.-C., il laisse à ces oppida, leur statut alors que quelques temps après, une large réforme entreprise chez les arécomiques et dans certaines parties de la province, débouche sur la perte d'autonomie d'une longue liste d'agglomérations, désormais rattachées à quelques centres importants comme Nîmes. (On considère aujourd'hui, et cette idée semble faire l'unanimité que l'on se trouve ici en zone arécomique.)

 

1.4. La dynamique territoriale du Languedoc central

La dynamique territoriale des populations protohistoriques de Gaule méridionale est une thématique encore peu abordée. Il est donc prématuré d'en dresser un tableau définitif mais l'on peut tout de même esquisser aujourd'hui, dans le cadre d'une réflexion élargie, les bases d'un schéma évolutif. J'utiliserai ici le terme de « territoire » dans le sens d'espace approprié par un groupe social, c'est-à-dire dominé politiquement. Ce terme inclut donc la notion de « terroir » que je réserve aux seuls espaces exploités (pour l'agriculture, l'élevage…). Il va de soi que l'étendue de cette emprise territoriale évolue dans le temps modifiant, par la même, la localisation des « frontières », lieux où expirent les compétences territoriales. L'analyse de la dynamique territoriale des populations protohistoriques de Gaule méridionale en liaison avec les processus d'urbanisation du Bronze final à l'aube de la Conquête permet d'illustrer plus largement la théorie géographique des « territoires empilés » que des rivalités inter- ou supra-ethniques. En effet aux « territoires spontanés » des communautés de type tribal acéphal du Bronze final IIIb se surimposent dès le début du premier âge du Fer, des territoires ethniques relativement vastes. Aux VIe et Ve s. av. J.-C., à la suite de la fondation de Marseille et de son essor économique, on assiste à un élan urbain remarquable débouchant sur la mise en place de territoires villageois, à dominante vivrière, peu hiérarchisés. Ce phénomène résulte d'une part, d'une évolution de l'organisation sociale des populations indigènes – dont les communautés accèdent probablement à des systèmes tribaux aristocratiques – et d'autre part, de la participation des Gaulois du Midi au réseau commercial méditerranéen. Dans le courant du deuxième âge du Fer des confédérations ethniques vont progressivement se développer. Une organisation politique de l'espace va alors s'articuler avec les réseaux économiques existants et entraîner l'émergence de capitales politiques : Ruscino pour les Sordes, Narbonne pour les Elysiques, Nîmes pour les Volques arécomiques, Saint-Blaise ( ?) puis Entremont ( ?) pour les Salyens… Alors que l'assise des territoires indigènes (ou grec dans le cas d'Agathé) semble constituée des portions de cours de fleuves et occuper ainsi un segment du réseau, les frontières des cités romaines s'appuient sur ces axes et les morcellent. C'est par exemple le cas du cours de l'Orb sur lequel on situe partiellement la frontière entre Narbonne et Béziers, de celui de l'Hérault qui limite successivement les cités de Béziers, Nîmes et Lodève.

D'un point de vue historique, bien des éléments permettent de définir son identité. Nous sommes dans l'arrière-pays d'Agde ( Agathé ), comptoir grec et colonie massaliote. « Il est désormais acquis que la zone d'Agde et la vallée de l'Hérault constituent la limite orientale extrême de la diffusion de la culture ibérique » (Py 1993, 144). Après la Conquête, cet espace sera sous l'influence de trois cités romaines : Béziers, Nîmes et Lodève. L'intégralité du territoire de cette dernière se trouve dans le bassin hydrologique de la Lergue. Enfin, la « vallée de l'Hérault et de son affluent la Lergue » furent « l'une des voies de pénétration les plus importantes vers l'arrière-pays » (Clavel 1970, 82). Du point de vue culturel, ce secteur est au contact de quatre unités maintenant bien définies : le Languedoc occidental, le Languedoc oriental, la région d'Agde et les Cévennes. Sont particulièrement importantes l'étude de l'impact d' Agathé sur son arrière-pays (commerce, échanges, économie, etc.), la définition des faciès indigènes et des différentes influences (celtiques, ligures, ibères, méditerranéennes).

 

2. Méthodologie employée

Ressentie maintenant comme une nécessité, l'attention portée à l'espace est un acquis relativement récent de la recherche archéologique. Cette nouveauté explique la fréquence de discussions portant sur la valeur comparée et le bien fondé des méthodes d'étude du territoire et sur la pertinence du vocabulaire utilisé. Souvent en effet, selon que l'on est géographe, archéologue ou historien, selon que l'étude conduite porte sur un peuple indigène ou une cité romaine, que l'on travaille sur la période protohistorique, la période grecque ou la période romaine, la même réalité spatiale est évoquée avec des mots différents tandis que des catégories spatiales différentes sont nommées par les mêmes mots. En France, l'archéologie du territoire est une discipline nouvelle qui n'a pas encore intégré tous les concepts élaborés par la géographie actuelle.

Particulièrement développées en France méditerranéenne, les recherches sur les formes de peuplement participent depuis une décennie au renouvellement de l'histoire des sociétés. A partir d'interrogations anciennes sur l'accès aux ressources et l'exploitation du milieu, cette archéologie devenue spatiale a proposé une série d'études tendant d'abord à cerner le territoire vivrier autour d'un habitat, la construction du paysage, puis l'imbrication de plusieurs unités au sein d'une micro-région, pour s'interroger sur ses concurrences et les équilibres qui, au sein de ce maillage, peuvent dénoter des rouages sociaux, économiques, ou politiques (Leveau 2000).

 

2.1. L'archéologie spatiale

Cet approfondissement n'aurait pu s'opérer sans les concepts et les méthodes de l'analyse spatiale, dont l'archéologie française se trouvait démunie et qu'elle a d'abord empruntés à l'archéologie anglo-saxonne, puis directement à la géographie humaine qui a fourni l'outillage. Mais si l'analyse semble avoir considérablement progressé dans la définition des « unités spatiales » que forment lieux habités, terroirs et territoires, elle peine encore à saisir les « interactions spatiales ». Ainsi peut-on passer de l'analyse de l'unité à celle du réseau, discerner sous le semis de points un système social inscrit dans un espace. C'est dans cette perspective que je souhaite aborder un ensemble de problèmes et montrer dans quelle mesure les concepts de la géographie peuvent enrichir l'interprétation de la documentation archéologique, qui en retour permet de revisiter les voies d'une géographie historique quelque peu léthargique ces dernières décennies. Face à un tel foisonnement documentaire, le recours à l'analyse statistique des données s'impose, avec l'ambition d'une part d'enrichir le corpus des critères archéologiques en leur assurant une valeur statistique, et d'autre part d'insérer l'analyse des établissements dans un système de peuplement, en caractérisant leur rôle respectif dans la structuration du paysage et leur position dans les réseaux. En introduisant les concepts de réseau et de système, il s'agit de rompre avec les traditionnels semis de points atones des « cartes archéologiques », pour proposer un modèle dynamique et hiérarchique. Un réseau de villes se définit comme un ensemble hiérarchisé de pôles interdépendants pour l'encadrement d'un territoire. La première question qui se pose à propos d'un tel réseau est celle de sa genèse, que le géographe évoque comme un préambule mais qui pour l'historien constitue évidemment l'objet principal. On ne peut considérer la hiérarchie urbaine comme un fait régulier et permanent, l'ensemble des villes naissant, croissant ou décroissant simultanément, au gré des fluctuations économiques, démographiques ou politiques.

La description d'objets complexes comme l'espace géographique, les réseaux de peuplement, les systèmes de relations et d'échange en archéologie résulte d'une suite de traitements d'informations spatio-temporelles variées. L'archéologue et l'historien collecte des données spatialisées et restituent ces informations après traitements sous des figurations et des représentations dans lesquelles l'espace tient un grand rôle. Les modèles doivent permettre de tester les hypothèses, orienter les recherches, simuler des conditions futures… Cet objectif nécessite une réflexion sur l'acquisition, le stockage, l'organisation et la gestion des bases de données.

 

2.2. Quelle méthodologie ?

Une telle recherche implique de confronter les acquis en ce domaine de l'histoire et de la géographie contemporaines. Elle doit s'appuyer sur les concepts de la spatialisation des systèmes sociaux, sur des bases de données archéologiques et historiques et sur l'analyse de la dynamique des systèmes de peuplement. Il s'agit en quelque sorte de mesurer un certain nombre de paramètres qui ne sont jusqu'à présent pas pris en compte pour caractériser la relation société-environnement, et qui sont la dimension, le nombre et la répartition des lieux habités, leur espacement et leur disposition, l'aire qui leur est accessible, l'importance des réseaux qui les mettent en relation, la vitesse de circulation dans ces réseaux, la longueur et les temporalités de ces déplacements. Quelles sont les relations qui unissent à un moment donné tous ces paramètres, quelles sont les conditions d'émergence des installations humaines et quelle est leur durée d'existence ? Il s'agit d'identifier des évolutions qui, quoique discontinues, n'en présentent pas moins de grandes cohérences, en termes des conditions de leur adaptation aux changements et de leur durabilité.

 

2.2.1. Bases de Données :

D'un point de vue méthodologique, cela suppose le croisement de données hétérogènes dans un protocole d'analyses permettant d'élaborer une synthèse. C'est pourquoi l'élaboration d'une base de données va me permettre d'homogénéiser la documentation archéologique qu'elle soit issue de fouilles ou de prospections.
Les descripteurs techniques et fonctionnels fournissent l'information décisive pour identifier la fonction d'un établissement et déterminer son rang hiérarchique dans le réseau d'habitat. La taille de l'établissement constitue un des indices les plus discriminants pour différencier les habitats des installations annexes, sans pour autant réussir, à elle seule, à distinguer une villa d'un village de taille équivalente. Ce que permet, en revanche, la prise en compte des matériaux de construction, plus ou moins variés, et le mobilier, utilitaire, décoratif ou symbolique (vaisselle, conteneurs, objets divers). Ces éléments renseignent sur le niveau de vie des occupants de l'habitat, perceptible à travers la diversité et la richesse relative des matériaux et des objets utilisés pour la construction, l'aménagement et le mobilier de la résidence.
Les descripteurs chronologiques concernent la date d'implantation des établissements et leur durée d'occupation. Il est important de souligner que la durée d'occupation des établissements est appréciée par rapport à la durée de la fonction initiale de l'habitat. Autrement dit, une agglomération ancienne qui perd son statut d'habitat groupé pour se pérenniser sous une autre forme encore occupé aujourd'hui, sera codée disparue en tant qu'agglomération, mais sa pérennisation sous une autre forme sera renseignée par les descripteurs enregistrant les héritages d'une occupation jusqu'à aujourd'hui.
Les descripteurs sitologiques tentent de suggérer le paysage choisi par les fondateurs de l'établissement. Il s'agit de l'altitude, et d'un descripteur combinant le contexte topographique et le sol dominant autour du site.
Les descripteurs de situation, démontrant le fort pouvoir du rapport à la voirie pour distinguer les classes d'établissements et fonder la modélisation des réseaux d'habitat. La distance à la voirie et le nombre des dessertes aboutissant au site sont recensés.

La base de données ainsi constituée est d'une grande richesse puisqu'elle associe à l'information archéologique, une dimension géographique (descripteurs de situation) et une dimension temporelle (descripteurs chronologiques). Cependant, si cette base peut offrir ainsi d'énormes potentialités pour analyser les dynamiques de localisation de l'habitat, la nature même de l'information pose des problèmes et implique certains choix d'un point de vue méthodologique. Les méthodes classiques d'analyse spatio-temporelle sont de deux types :
•  dans un premier cas, les entités étudiées sont spatialement stables, gardant leur intégrité dans leur localisation et leur définition géométrique, mais leurs caractéristiques évoluent dans le temps. La dimension temporelle s'exprime alors de manière implicite par le changement de valeur des descripteurs et l'on étudie des séries chronologiques spatialisées.
•  la deuxième catégorie de méthodes est plutôt centrée sur la localisation d'événements du type apparition/disparition et sur l'évolution des répartitions spatiales produites par ces événements. Un exemple classique est celui des processus spatiaux de diffusion.

 

2.2.2. Traitements statistiques  :

Les données collectées pour l'analyse de l'habitat dans le Languedoc central seront traitées par analyse factorielle des correspondances (AFC) et classification ascendante hiérarchique (CAH), afin de décrire la typologie des établissements en fonction de la structure de descripteurs (ou variables) archéologiques. L'AFC permet ainsi de repérer quelles sont les variables qui jouent le plus dans la distinction des sites les uns par rapport aux autres. La typologie proprement dite des sites est élaborée en les soumettant à une Classification Ascendante Hiérarchique. La classification est opérée automatiquement selon un principe d'agrégation consistant à rassembler les sites dont les profils se ressemblent le plus, de manière à réduire au minimum les différences intraclasses et à porter au contraire au maximum les différences interclasses. Le nombre et la nature des classes obtenues ne sont donc plus déterminés au préalable mais dépendent étroitement de l'échantillon de sites analysé et des variables considérées. En cela, elles reflètent véritablement la variété de l'habitat rural dans la région étudiée. Ces méthodes statistiques d'analyse des données permettent une approche pluridisciplinaire en prenant en compte l'ensemble des descripteurs pertinents au regard d'une problématique. Il est possible de visualiser la structure globale des descripteurs pour rendre compte de leur organisation, de leurs complémentarités et de leurs oppositions. La typologie des établissements, qui rend compte de leurs ressemblances et de leurs différences, peut être superposée avec la structure des descripteurs pour décrire et expliciter ces similarités et ces dissemblances. La mise en œuvre de ces techniques suppose une description homogène des établissements et de leur environnement.

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Figure 2 : le SIG mis en place. (cliquer sur l'image pour l'agrandir).

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Figure 3 : visualisation 3D du territoire. (cliquer sur l'image pour l'agrandir).

 

2.2.3. S.I.G.  :

• La mise en place d'un Système d'Information Géographique:

Une fois la classification des sites réalisée, le couplage de cette base de données avec un SIG permettra de bénéficier d'un outil et de techniques géographiques qui permettront de modéliser véritablement les interactions entre les sites. L'objectif de ce SIG est de pouvoir reconstituer numériquement le territoire dans lequel s'inscrit spatialement les sites préromains et qui en conditionne les relations.

Dans le but de constituer une base de données géographique intégrant l'ensemble des entités nécessaires à une modélisation réaliste du territoire étudié, l'extraction de la BD Carto © de l'IGN doit être réalisée pour les couches représentant les limites communales, le réseau hydrographique et le Modèle Numérique de Terrain (MNT). Ces couches devront être retraitées de façon à pouvoir les intégrer au sein du SIG. Par ailleurs, au regard de l'époque étudiée, il sera nécessaire de mettre à jour les différentes couches afin d'obtenir une modélisation fidèle de l'espace protohistorique (l'exemple le plus frappant étant l'anachronisme engendré par la présence du lac artificiel du Salagou).

 

 

 

•  La programmation au sein du logiciel ArcInfo :

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Figure 4 : Représentation de l'accessibilité pédestre inter-sites. (cliquer sur l'image pour l'agrandir).

Une façon très simple, mais couramment utilisée en archéologie, pour se faire une idée de l'étendue des « territoires » autour de chaque établissement est de calculer les « polygones de Thiessen ». Le SIG nous permet de faire beaucoup mieux, car il nous offre la possibilité de calculer les coûts (en énergie) du déplacement autour d'un établissement de façon non linéaire. Ces fonctions permettront sur la base du SIG ainsi réalisé, de pouvoir en extraire une analyse des temps de parcours pédestres entre tous les sites du Languedoc central. Au plus simple, une telle « carte des coûts » est une carte qui indique le temps nécessaire afin d'aller d'un point à un autre. Elle se construit en calculant, pour chaque pixel, la durée que l'on juge nécessai pour atteindre tous les autres sites à partir de plusieurs points. En effet, pour chaque pixel le coût du déplacement vers l'habitat le plus proche a été calculé. Mais au lieu de faire ce calcul uniquement à partir de la distance linéaire (à vol d'oiseau), le relief, les barrières paysagères (le réseau hydrographique) ont été pris en compte.

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Figure 5 : Chemins théoriques calculés au départ d'Agde (cliquer sur l'image pour l'agrandir).

 

 

 

De par son langage de programmation propre permettant une personnalisation du logiciel ainsi que l'automatisation de certaines tâches, le langage AML (Arc Macro Language) permettra de mettre en place un script, pour calculer et mettre en valeur les chemins minimaux en distance-temps, en fonction des pentes et des rivières, entre les sites archéologiques. La modélisation de l'accessibilité pédestre et des chemins théoriques inter-sites constitue une première approche de la mise en relation des sites d'habitat protohistoriques du Languedoc central.

 

Conclusion

Le but de ce travail de recherche est donc de constituer un outil de réflexion amenant une progression dans la compréhension et l'interprétation des logiques territoriales protohistoriques. Il ne s'agit pas, par conséquent, de proposer une reconstitution ni de ce système, ni des territoires protohistoriques, avec la modélisation des interactions qui contribuent à générer le système de peuplement et son expression territoriale, mais d'avancer dans la compréhension des processus de leur transformation.


Bibliographie

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