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Pour citer cet article :
DELAUNAY G., La céramique couronnienne des Fabrys à Bonnieux (Vaucluse). Précisions sur la typologie du Couronnien dans sa zone d'extension septentrionale. Eléments de réflexion pour la compréhension des relations entre Couronnien et Rhône-Ouvèze et précisions chronologiques. , Espaces, techniques et sociétés de la Préhistoire au Moyen-Age : travaux en cours, Actes de la première table ronde des jeunes chercheurs en archéologie de la MMSH, Aix-en-Provence, 18 mai 2006, A. Coudenneau et T. Lachenal (dir.), http://www.mmsh.univ-aix.fr/ecoledoctorale/trjca/adelaunay.htm

 

 

 

La céramique couronnienne des Fabrys à Bonnieux (Vaucluse).

Précisions sur la typologie du Couronnien dans sa zone d'extension septentrionale.
Eléments de réflexion pour la compréhension des relations entre Couronnien et Rhône-Ouvèze et précisions chronologiques.

Gaëlle DELAUNAY*

*Doctorante ; Economies, Sociétés, Environnements Préhistoriques.

Mots-clés : Céramique, Néolithique final, Provence, Couronnien, typologie, relations culturelles, chronologie.

 

1. Introduction

Ce travail porte sur l'étude de la céramique du Néolithique final Couronnien des Fabrys à Bonnieux, dans le Vaucluse, issu des fouilles de sauvetage menées par Patrick Bretagne et André D'Anna en 1988. L'inventaire et l'analyse de cette série s'insèrent dans le cadre d'une thèse sur la céramique couronnienne dans le Luberon et ses marges.
Il s'agissait de préciser la définition du Couronnien dans son extension septentrionale et de vérifier l'attribution chronoculturelle de certains récipients rappelant par leur morphologie des faciès culturels voisins. De plus, l'observation de trois phases dans la stratigraphie des Fabrys pour le néolithique final donnait des espoirs quant à un éventuel exemple d'évolution typologique de la céramique au sein d'un même site. Prenant la suite de F. tallagrand qui a étudié la phase la plus récente en 1997, les deux autres phases ont été étudiées dans le but de réaliser une comparaison de l'ensemble (Delaunay à paraître). Ces comparaisons ont permis de montrer l'homogénéité des trois séries sur leurs caractères les plus discriminants culturellement. Si la série des Fabrys n'a pas pu servir d'exemple à la potentielle évolution interne du Couronnien, elle s'est avéré en décrire au moins un des aspects.
Il est nécessaire, en premier lieu, de rappeler brièvement les principales connaissances et problématiques culturelles qui concernent le Couronnien et la céramique couronnienne. Ensuite, après une présentation du site des Fabrys, les principaux aspects typologiques de la céramique seront exposés. La céramique des Fabrys sera ensuite replacée dans le contexte du Néolithique final en Provence et Languedoc. Ces comparaisons permettront d'ouvrir le débat, d'une part, autour des questions relatives aux affinités typologiques avec les groupes voisins, d'autre part, autour des questions de chronologie.

 

2. Cadre de l'étude

2.1. Le Couronnien

2.1.1. Bref historique des recherches sur le Couronnien

Le Couronnien doit son invention à Max Escalon de Fonton (Escalon de Fonton 1947). Ce dernier tente en 1956 une définition sommaire du Couronnien à partir des données du site éponyme du Collet-Redon à la Couronne (Martigues, Bouches-du-Rhône). La caractérisation de ce groupe culturel est précisée par la suite par les travaux de J. Courtin (Courtin 1974) mais s'appuie souvent sur des critères négatifs faisant écho au chasséen. Le développement des fouilles de plein air dans les années 80 permet à A. D'Anna de réaliser une synthèse sur le Néolithique final provençal et de proposer une périodisation pour celui-ci (D'Anna 1995). Ce travail apparaît comme une référence permettant de poser des hypothèses de travail. Cependant, l'étude exhaustive des séries reste à faire. De 1999 à 2005, les recherches sur le Couronnien ont pu être coordonnées par un le Projet Collectif de Recherche “ le Couronnien en Basse-Provence occidentale. Etat des connaissances et nouvelles perspectives de recherches ” (Programme national 13), sous la direction d'André D'Anna puis Olivier Lemercier. Ce PCR intègre des nouvelles données de fouilles dont celle du site éponyme ainsi que la reprise de l'étude de collections anciennes et de nouvelles séries. L'étude du site des Fabrys rentre pleinement dans les objectifs du PCR.

 

2.1.2. Extension géographique et chronologie du Couronnien


Figure 1 : Répartition des sites couronniens dans le Sud-Est de la France (d'après Lemercier 2002).

Le site des Fabrys appartient à la zone septentrionale de l'extension du Couronnien, située dans et autour du Luberon. Le Couronnien s'étend en Provence depuis les Alpilles à l'ouest jusqu'à la région de Saint-Tropez à l'est, et au sud en Basse-Provence (fig. 1).
Les datations et les divers scénarios culturels démontre que le Couronnien a existé sur une durée d'au moins 600 ans. Il semble se diviser en 2 ou 3 phases (D'Anna 1995, Lemercier 2002, 2004, fig. n° 2).
La phase ancienne du Couronnien (environ 3300 avant notre ère jusque vers 2900-2700 ) serait contemporaine du Ferrières en Languedoc (Gutherz et Jallot 1995), du Fraischamp (groupe principalement reconnu en marge du Luberon dans le Vaucluse, sensiblement vers le Nord-Ouest, Sauzade et al. 1990). Les premiers niveaux d'occupation des hypogées du Nord-Vaucluse en Provence (phase 1b la chronologie d'A. D'Anna) appartiendraient à cette période. L'extension maximale du Couronnien pourrait correspondre à cette phase.
La phase récente (2a dans la chronologie A. d'Anna), débutant vers 2700-2900 avant notre ère, correspond à l'expansion du groupe Languedocien de Fontbouisse (Gutherz 1975 et Gutherz et Jallot 1995) et à l'apparition du Rhône-Ouvèze (localisé en grande partie dans le Vaucluse et sa périphérie, Müller et D'Anna 1986). Ce dernier pourrait être, selon l'hypothèse d'Olivier Lemercier, une évolution du Couronnien sous l'influence du groupe de Fontbouisse. Dans ce cas le Couronnien ne perdurerait pas au-delà de 2400-2500 avant notre ère. L'apparition des premiers objets campaniformes dans le Sud-Est de la France correspond à cette période.
L'existence d'une phase tardive du Couronnien (phase 2b) jusque vers 2200-2300 avant notre ère ne peut cependant être rejetée. La durée potentiellement longue de l'occupation de certains sites présentant de rares formes atypiques (type Fontbouisse) pourrait corréler avec quelques rares datations tardives.

 

2.1.3. La céramique couronnienne

La céramique couronnienne est définie principalement par la prédominance de formes simples dérivées de la sphère, de l'ellipse, de l'ove, du tronc de cône et du cylindre. Il existe néanmoins au sein de la plupart des séries couronnienne une petite part de récipient carénés ou galbés. Les rares décors sont représentés le plus souvent par des pastillages et des cordons fins et courts. Les préhensions, variées, sont représentées le plus souvent par des mamelons simples ou à ensellement médian, des boutons, des prises plates, des anses en demi-bobine, des anses en ruban ou en boudin. Les cordons continus uniques, lisses et horizontaux, situés en haut de la panse de grands récipients sont fréquents.
Les tons de la pâte sont le plus souvent rouges à brun-rouges, mais varient aussi jusqu'au gris-brun ou brun foncé. Quelques récipients à pâte claire sont reconnus. Le dégraissant et constitué le plus souvent de calcaire et/ou de calcite. Les parois des récipients sont le plus souvent, lissées ou parfois polies.
Pendant au moins 600 ans, le Couronnien a côtoyé d'autres groupes culturels (Fraischamp, Ferrières, Fontbouisse, Rhône-Ouvèze…) qui se distinguent de ce dernier en particulier par l'abondance des décors en reliefs ou en creux, et / ou par une plus grande fréquence de formes carénées et galbées.

 

2.2. Présentation du site et historique des recherches 

Le gisement néolithique des Fabrys est localisé sur la commune de Bonnieux, dans la plaine du Calavon, entre le Luberon au sud et les Monts du Vaucluse au nord. Le site occupe une zone basse réputée humide et marécageuse jusqu'au début du siècle dernier : le plan de Bonnieux (fig. 3).


Figure 3 : Situation des Fabrys dans le Luberon (cartographie : G. Delaunay).

Le site a été découvert en 1904 par A. Moirenc et A. Vayson de Pradennes (Cotte 1904) mais nous ne savons quasiment rien des sondages qui ont été pratiqués. L'attrait du site a de plus alimenté un certain nombre de collections privées. A partir de 1952, S. Gagnière reprend l'étude du site (Gagnière 1952) et décrit sommairement la céramique. Plusieurs mentions citent les Fabrys à partir des documents dispersés dans diverses collections, comme J. Courtin (1974) et G. Sauzade (1978). L'ensemble de ces documents témoignait déjà de divers vestiges attribuables au Néolithique moyen Chasséen, à l'Age du bronze et surtout à une importante occupation datant de la fin du Néolithique incluant quelques vestiges campaniformes.
Plus récemment, en 1987, en raison du projet d'aménagement hydraulique du bassin du Calavon, prospection de surface et sondages d'évaluations conduisent à la réalisation d'une fouille de sauvetage sur le secteur menacé par le tracé de la canalisation principale (Bretagne et D'Anna 1988). Les prospections ont pu révéler une étendue du site sur plus de 20 hectares. Sondages et fouilles ont permis, sur plus de 1200 m², de reconnaître pour la première fois la structure interne et la qualité réelle de ces occupations.

Trois grandes catégories de structures ont été mises au jour (fig. 4). Il s'agit de nappes plus ou moins horizontales de mobilier montrant localement la succession de différents niveaux, des vestiges de structures en élévation (murs en pierres, mur en terre, bois et pierre, négatif de palissade et dallages), des aménagements en creux (tranchées, petits fossés,cuvettes et fosses). Rajoutons à cet ensemble une sépulture double.


Figure4 :
Les Fabrys, Bonnieux. Plan général des structures. Secteur Nord (d'après Bretagne et D'Anna 1988). N° 4, 24, 55, 58 : nappes plus ou moins horizontales de mobilier ; n°10, 21 : murs en pierres ; n° 9 : mur en terre, bois et pierre ; n° 8 : négatif de palissade ; n° 12, 57, 96 : dallages ; n° 16, 17, 25 : tranchées ou petits fossés ; n° 54, 56, 59 : cuvettes ; n° 41, 60 : fosses.

 Cinq phases d'occupation ont été distinguées au regard de la stratigraphie : la plus ancienne appartient au Chasséen (phase 1), les trois suivantes au Néolithique final (phases 2, 3 et 4) et la plus récente à l'Age du Bronze (phase 5). Trois datations sont connues pour le Néolithique final : pour la phase 3 : 2906 – 2500 et 2541-2490 ans av. notre ère en datations corrigées et calibrées (Ly 4781), pour la phase 4 : 2875 – 2203 ans av. notre ère en datations corrigées et calibrées (Ly 4780). Ces datations coïncident avec la fin du Ferrière et du Fraischamp, jusqu'au plein développement du Fontbouisse

L'industrie lithique taillée a fait l'objet d'un inventaire inédit (Stéphane Renault, ESEP-UMR 6636). Le corpus est composé essentiellement d'outils et pièces retouchées dont certains réalisés sur lame et lamelle. Cet ensemble semble important quantitativement par rapport aux autres sites couronniens. Le reste de l'outillage est assez diversifié avec un nombre élevé de burins, d'habitude assez rares en contexte couronnien. Des confusions stratigraphiques pourraient être envisageables.
L'outillage lithique poli en métabasites à glaucophane (310 objets) a fait l'objet d'une étude par Nathalie Lazard (Lazard 2002).
La présence de matériel de broyage est signalée dans la bibliographie (Bretagne et D'Anna 1988).

La faune n'a pas fait l'objet d'étude à ce jour.

 

3. caractéristiques technologiques et morphologiques de la céramique des Fabrys

3.1. Remarques préalables de méthodologie

L'étude du mobilier céramique des phases 2 et 3 se réfère à la méthode de description des céramiques du Néolithique final en Provence, élaborée au sein de L'ESEP-UMR 6636 en 2000 (Cauliez et al. 2002) et affinée de manière continue.
Les informations relatives à la phase 4 ont du être reformulées pour homogénéiser le système descriptif de F. Tallagrand (Tallagrand 1997) et le nôtre.
Nous nous limiterons, au sein de cet article, à la description des critères jugés les plus pertinents culturellement : la technologie, la morphologie et les décors des récipients. Notons que F. Tallagrand n'a pas abordé les aspects de finition et de dégraissant dans son étude.
Les récipients et tessons qui livrent une information concernant la morphologie du récipient sont décrits selon leur structure (évasée, rétrécie, droite), leur contour (simple, complexe galbé, complexe caréné) et leur forme (dérivée de la sphère, de l'ellipse, de l'ove, du tronc de cône, du cylindre) et la position du galbe ou de la carène est précisée (fig. 5 et fig. 6). Lorsque les récipients possèdent les mesures métriques nécessaires – hauteur et diamètre à l'embouchure – ils sont classés en fonction leur forme mais aussi leur format pour s'intégrer dans un type défini : bol, jatte, marmite….
Les informations relatives à la nature et à l'homogénéité ou l'hétérogénéité de la taille du dégraissant sont relevées suite à une observation macroscopique. Les études en lames minces (permettant de vérifier et préciser la nature du dégraissant, et de répondre aux questions concernant le type d'argile et sa provenance), pour des raisons de temps et de coût, seront réservées à des récipients permettant de répondre à des problématiques précises. Il est nécessaire d'attendre l'avancement global de la thèse avant d'établir définitivement les problématiques et donc le choix du mobilier à analyser.

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Figure 5 : Description des formes à contour simple (DAO : G. Delaunay) (cliquer pour agrandir).

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Figure 6 : Exemple de description des formes à contour complexe (DAO : G. Delaunay) (cliquer pour agrandir).

 

3.2. La céramique du Néolithique final des Fabrys : un ensemble chrono-culturel homogène 

Les comparaisons de la céramique des trois phases ont été réalisées grâce à des matrices ordonnées de présence / absence, l'effectif des individus pouvant être comparés ne permettant généralement pas l'emploi des statistiques (Delaunay, à paraître). Nous avons choisi de comparer entre eux les trois critères jugés les plus pertinent chrono-culturellement : la technologie, la morphologie, les décors. Sur ces trois critères, une forte similitude entre les trois phases a été mise en évidence. Les différences observées sont basées sur des effectifs trop restreints la plupart du temps pour qu'elles soient significatives. De plus, quelques remaniements sont suspectés dans les deux phases les plus récentes, comme semble l'indiquer la présence de quelques tessons protohistoriques (Delaunay, à paraître). Il est préférable, à ce jour, de considérer l'ensemble de la céramique du Néolithique final des Fabrys comme un corpus homogène chrono-culturellement et préférons, à ce titre, envisager une description globale de cet ensemble en signalant, à titre informatif et non interprétatif, quelques particularités propres à chacune des phases.

L'ensemble des éléments diagnostiques des Fabrys s'élève à plus de 1850 tessons, plus de la moitié provenant de la phase 4.

Les tons des surfaces intérieures, extérieures et du cœur des céramiques sont le plus souvent rouges à brun-rouges, sinon dans des nuances allant du brun au noir.
Comme l'indique l'inventaire des deux premières phase, le lissage est presque l'unique traitement de surface et la paroi des récipients a un aspect le plus souvent régulier. Les dimensions des particules de dégraissant sont hétérogènes et de nature calcaire sur la majorité des individus. Elles peuvent être aussi principalement constitué de calcite. On observe parfois, dans les deux phases, des pisolithes, des traces d'oxyde ferreux et des empreintes de végétaux.

Dans les trois phases, la majeure partie des récipients possède un contour simple. Les récipients complexes galbés ou carénés sont peu nombreux, moins de 2 % du NMI pour la phase 3 (ce calcul n'a pas été significatif pour la phase 2, le corpus étant trop restreint, et pour la phase 4 nous ne possédions pas toutes les données nécessaires).

Parmi les récipients à contour simple (fig. 7, 8, 9), les récipients à structure évasée et forme hémisphérique et subhémisphérique, ainsi que ceux à structure rétrécie, forme subsphérique sont les formes les plus récurrentes. On retrouve ensuite des récipients à structure évasée ou rétrécie de forme dérivée de l'ellipse sur un grand axe vertical ou horizontal, ainsi que des vases à structure rétrécie de forme ovoïde. Les formes dérivées du cylindre sont les moins nombreuses.
Les formats les plus récurrents sont les bols et les jattes hémisphériques ainsi que les coupes subhémisphériques. Mais tout les types de format sont représenté : le godet, l'assiette jusqu'à la grande jatte ou la marmite.

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Figure 7 :
Récipients à structure rétrécie et contour simple (cliquer pour agrandir).
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Figure 8 : Récipients à structure évasée et contour simple (cliquer pour agrandir).
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Figure 9 : Marmites ou jarres à structure droite, contour simple et forme cylindrique hypothétiques. (cliquer pour agrandir).

 

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Figure 10 : Récipients à contour complexe caréné (cliquer pour agrandir).

 

Les récipients à contour caréné (fig. 10) ont pour la majorité une structure rétrécie et une forme subhémisphérique et tronconique. La hauteur de leur carène peut varier. Ces derniers existent dans plusieurs type de format : bol, jatte, grande jatte, gobelet, marmite. Il existe deux exemplaire de récipient caréné à structure évasée : une jatte de forme hyperboloïde et subhémisphérique, et une écuelle de forme tronconique et subhémisphérique.

 

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Figure 11 : Récipients à contours complexes galbés (cliquer pour agrandir).

Nous pouvons observer que les récipients des trois phases possèdent des contours galbés (fig. 11) mais que leurs formes diffèrent. Ainsi, les récipients à structure rétrécie, contour galbé et forme hypothétique cylindrique à col convexe sont présents seulement dans les deux premières phases. Il s'agit d'un type de morphologie original pour le Sud-Est de la France, mais malheureusement représenté par la seule partie supérieure du vase. Seule la phase 4 possède des récipients à structure évasée, forme hémisphérique ou subhémisphérique et contour galbé par un bord éversé.

 

Les fonds sont ronds en majorités. Quelques fonds aplanis et plats isolés ont pu être observés.

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Figure 12 : Décors (cliquer pour agrandir).


Figure 13 : Décors (cliquer pour agrandir).

Les décors en reliefs de pastillages et cordons fins sont présents sur les trois phases (fig. 12, 13) Ils sont tous incomplets mais l'on peut observer des thématiques récurrentes dans le style de ces décors : pastillage en ligne simple ou multiple, pastillage en chevrons jointifs, cordons courts verticaux multiples, cordons courts en chevrons jointifs. Tous les thèmes ne sont pas représentés au sein de chaque phase mais la sériation des décors ne montre pas d'évolution stylistique de la phase la plus ancienne à la plus récente (fig. 14). La morphologie des récipients associés à ces décors n'est pas toujours connue, cependant plusieurs constats ont été faits. Les pastillages sont associés à des récipients à ouverture évasée ou rétrécie, et dans un cas sur un col convexe. Les cordons courts sont la plupart du temps associés à des récipients à ouverture rétrécie, et carénés, lorsque le profil est connu. Seul un récipient pourrait posséder un contour simple. Les décors en creux n'ont été observés que dans les deux dernières phases (fig. 15) , l'effectif restreint d'individus en phase 2 pourrait être une explication. Il s'agit d'incisions en chevrons remplis de petites incisions rondes parfois associées à des lignes incisées parallèles.

 

Figure 14 : Sériation des éléments décoratifs en relief des Fabrys en fonction des trois phases mises en évidence par la stratigraphie.

 

Figure 15 : Céramique des Fabrys (Bonnieux, Vaucluse).Dessins G. Delaunay et F. Tallagrand 1997.Décor. Chevron incisé et points incisés (1), Incisions horizontales (2 et 4), trois lignes parallèles décalées d'estampages ovalaires verticaux ( 3 ).

 

4. Questions d'affinités culturelles et de chronologie

4.1. Comparaisons

Le site des Fabrys est reconnu depuis de nombreuses années comme appartenant à la culture du Couronnien. Des affinités avec les groupes voisins avaient également été observées mais pas approfondies (Bretagne et D'Anna 1988). Nous avons choisi de comparer la céramique des Fabrys avec d'une part des sites couronniens plus ou moins proches, d'autre part avec les groupes du Fraischamp et du Rhône-Ouvèze et, en Languedoc, les groupes de Ferrières et Fontbouisse. Un rapprochement avec le Nord-Vaucluse a été tenté mais ne s'est pas avéré concluant, nous ne traiterons donc pas cette piste.

D'un point de vue technologique, la céramique des Fabrys se rattache bien au Couronnien, en particulier aux sites des Lauzières à Lourmarin et de La Brémonde à Buoux (Delaunay 2002) dans le Vaucluse.
Les morphologies des récipients observées aux Fabrys possèdent le plus souvent un contour simple et sont dérivées de la sphère, de l'ellipse, de l'ove, du tronc de cône ou du cylindre.
Le site connaît seulement quelques formes galbées et carénées. Ces caractéristiques correspondent à la description actuelle du Couronnien et la précise.
Deux nuances peuvent être ajoutées. D'une part, la proportion de récipients bas et larges, comme les coupes, semble plus élevée que ce l'on retrouve habituellement sur les autres sites (D'Anna 1995, Tallagrand 1997). Des inventaires plus complets et précis sur les sites en question, permettraient-t-ils une meilleure représentation de cette catégorie, ou cet aspect est-il une particularité des Fabrys ?
D'autre part, si la plupart des sites couronniens présentent dans leur répertoire quelques formes carénées, il semble qu'une différence soit observable au niveau de la structure de ces récipients entre les Fabrys et d'autres sites couronniens de Basse-Provence ou du Vaucluse. En effet, la bibliographie actuelle met en évidence sur les sites du Collet-Redon et de Ponteau-Gare (Martigues, Bouches-du-Rhône), et aux Lauzières (Lourmarin, Vaucluse), par exemple, une plus grande proportion de récipients carénés à structure évasée, alors qu'aux Fabrys ces récipients sont le plus souvent à structure rétrécie (Cauliez à paraître, Delaunay 2002, Margarit 2002).

Parmi les récipients à contour galbé ou caréné, la plupart se retrouvent à la fois sur d'autres sites couronniens et dans d'autres groupes culturels, en particulier le Fontbouisse et le Rhône-Ouvèze pour les récipients à structure rétrécie et forme tronconique et subhémisphérique, les plus nombreux (Cauliez 2002, Gutherz et Jallot 1995, Lemercier et al. 2002, 2003, Müller et D'Anna 1986). Le Ferrière et le Fraischamp connaissent les récipients subhémisphériques à structure évasée, galbé par un bord éversé (Gutherz 1984, Gutherz et Jallot 1995, Sauzade et al. 1990).
Cependant, d'un point de vue technologique, ces récipients s'intègrent bien dans le reste du corpus, qui s'apparente au Couronnien (Chamchoyan 1994, D'Anna 1984, 1986, 1989, 1995, D'Anna et al. 1989, Delaunay 2002, Escalon de Fonton 1968). Il ne s'agirait donc probablement pas d'objets importés mais plutôt d'affinités. Cette information devra néanmoins être confirmé dans les prochains mois par des analyses pétrographiques.
Certains types de formes complexes présentes aux Fabrys ne se rencontrent apparemment pas sur les autres sites couronniens ou les autres faciès céramiques provençaux contemporains. : Le type de récipient à col convexe et l'écuelle à structure rétrécie carène médiane douce et forme tronconique et subhémisphérique. 

Les décors de chevrons incisés associés à des poinçons ronds sont connus sur les sites couronniens vauclusiens des Lauzières à Lourmarin (sur un récipient à structure rétrécie, contour caréné et forme hyperboloïde et subhémisphérique), et des Martins à Roussillon (sur un récipient à structure évasée, profil simple et forme hémisphérique). On retrouve un style de décor approchant dans le faciès central du Ferrière (Grotte de la Sartanette, Remoulins, Gard) et sur l'habitat de La Clairière à la Roque-sur-Pernes dans le Vaucluse, dans le groupe de Fraischamp (Gutherz 1984, Sauzade et al. 1990).
Doit-on interpréter la présence d'un tel décor comme un indice de contemporanéité du couronnien des Fabrys avec le Ferrière et le Fraischamp ? Ou comme la perduration d'un élément typologique commun à plusieurs faciès chronoculturels ? Cet indicateur chronologique demeure bien isolé
Les décors en creux fréquents dans les groupes culturels voisins du Couronnien sont cependant rares aux Fabrys dont le répertoire décoratif est celui connu dans le Couronnien.

Les thèmes décoratifs des éléments en relief (pastillages et cordons courts) observés aux Fabrys semblent faire la synthèse de l'ensemble du répertoire connu dans le Couronnien. Ces thèmes décoratifs associé à des récipients à contour simple ou caréné sont une caractéristique commune au Couronnien et Rhône-Ouvèze. Ainsi, nous retrouvons ce type de décor sur les sites couronniens de Ponteau-Gare à Martigue dans les Bouches-du-Rhône (Margarit 2002), des Martins à Roussillon (Chamchoyan 1994) et les Lauzières à Lourmarin dans le Vaucluse (D'Anna et al. 1989, Delaunay 2001, 2002), et sur des sites attribués au Rhône-Ouvèze comme la Fare à Forcalquier dans les Alpes-de-Haute-Provence (Cauliez 2002), le Plan Saint-Jean à Brignoles « d'ambiance campaniforme » dans le Var (Chopin et Hameau 1999 , Lemercier 2002), la Bastide Blanche à Peyrolles dans les Bouches-du-Rhône (Lemercier et al. 2001, 2002).
Il semble que le corpus céramique des Fabrys soit influencée par des types morphologiques plus fréquents dans les groupes voisins que dans le Couronnien tel qu'il est défini actuellement, tout en conservant sa propre identité stylistique et technologique.
C'est cette identité stylistique – décors de cordons courts verticaux ou en chevrons associée à des récipients à structure rétrécie et contour caréné ou simple ; ou pastillage en chevrons – qui semble être un fond commun entre le Couronnien et le Rhône-Ouvèze.
Dans l'hypothèse où Couronnien et Rhône-Ouvèze seraient deux groupes culturels en partie contemporains (D'Anna 1995), s'agirait-il d'un emprunt stylistique partiel du Couronnien sur le Rhône-Ouvèze ? A l'inverse, serait-ce une imitation des groupes à céramique rhône-ouvèze sur un Couronnien septentrional lui-même influencé par des styles morphologiques « occidentaux » ? O. Lemercier propose un scénario dans lequel la mise en place du Rhône-Ouvèze  se réaliserait sur un substrat local couronnien sous l'impulsion du Fontbouisse (Lemercier 2002, Lemercier et al. 2004). Dans ce cas, ce type de décor serait il une caractéristique propre du Couronnien qui recevrait des influences du Fontbouisse ou autres groupes occidentaux (formes complexes) jusqu'à devenir du « vrai » Rhône-Ouvèze ? Nous serions peut-être là en présence d'un site « proto-Rhône-Ouvèze ». Mais dans ce dernier cas, il faudrait remettre en cause les datations obtenues (pour les phases 3 et 4) qui situent l'occupation néolithique final sur la fin de la période 1B et au-delà de la période 2A (D'Anna 1995), c'est-à-dire en partie contemporaine du Rhône-Ouvèze (1). Il est aussi possible d' imaginer que les transformations éventuelles de la céramique couronnienne sous l'influence du Fontbouisse se réalisent à des rythmes différents. Les recherches sur la céramique des Fabrys permettent donc d'apporter des éléments de réflexion montrant l'existence d'un lien entre Couronnien et Rhône-Ouvèze mais la nature de ce lien reste encore mal cernée, et sujette à des hypothèses divergentes.

 

4.2. Problèmes de chronologie

La présence marquée de formes carénées nous laisse penser que la céramique des Fabrys est contemporaine du Fontbouisse ou au moins de sa genèse représentée par des faciès céramiques de transition possible Néolithique final – Chacolithique (comme l'habitat de Plaine-de-Chrétien à Montpellier dans l'Hérault, Gutherz et Jallot 1995). Cette série se différencie nettement de la première occupation du site de la Fare à Forcalquier attribuée au Couronnien, et présentant des points communs avec les groupes de Fraischamp et de Ferrière (Lemercier et al. 2002).
Il est difficile de répondre à la question de la durée d'occupation du site.
D'une part, les datations et les recoupements / recouvrements de l'habitat suggèrent une longue occupation du site (Bretagne et D'Anna 1988).
D'autre part, la céramique montre une certaine unité morpho-typologique, et aucun indice d'évolution stylistique en relation avec les changements culturels voisins n'a pu être mise en évidence en comparant les trois phases ( en rêvant un peu : Couronnien à influence ferrière dans la phase la plus ancienne, apparition de quelques carènes liées à une influence du Fontbouisse dans la suivante,…etc). Faut-il penser que les transformations de l'habitat ont été effectuées dans un temps restreint (au sens « préhistorique » du terme), contemporain du développement du Fontbouisse et du Rhône-Ouvèze? Ou, plutôt, faut-il imaginer que les caractères typologiques de la céramique évoluent peu dans le temps, et évoquer, du moins au Fabrys, une relative stabilité morpho-typologique de la céramique couronnienne ?

 

5. Conclusion

La céramique du Néolithique final des Fabrys peut être attribuée sans hésitation au Couronnien mais possède un petit corpus de formes complexes originales, qui font référence en particulier au Fontbouisse ou au Rhône-Ouvèze. Le site des Fabrys semble donc être contemporain du Fontbouisse ou au moins de sa genèse. Il se situerai au moins au début de la phase récente du Couronnien. Les quelques comparaisons possibles avec le Ferrière et le Fraischamp paraissent insuffisantes pour l'instant pour être utilisées comme outils de datations.
Il semble que l'influence de la céramique languedocienne sur le Couronnien, si elle s'exprime en particulier au travers des formes carénées, se réalise de manière différente aux Fabrys par rapport à d'autres sites couronniens (prépondérance des récipients carénés à structure rétrécie). De nouveaux référentiels vauclusiens (la Brémonde à Buoux, Les Martins à Roussillon) sont en cours de réalisation (Delaunay, thèse en cours), et permettrons des comparaisons plus précises.
Un lien fort en le Couronnien et le Rhône-Ouvèze semble se dégager de l'étude de la céramique. Nous manquons aujourd'hui d'éléments pour parler d'influences ou de filiations. Les travaux sur la céramique des principaux sites couronniens du Luberon, associé à un autre mémoire de thèse en cours portant sur la céramique du groupe Rhône-Ouvèze (Jessie Cauliez, ESEP-UMR 6636) permettront certainement d'éclairer ce débat.